Les oeuvres de fiction - Fiche de Français Bac Pro

Les oeuvres de fiction - Fiche de Français Bac Pro

Fiche sur le chapitre de Français du Bac Pro : "Les oeuvres de fiction".

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Les Œuvres de fiction

 

I. Introduction

L’expression « œuvre de fiction » désigne une production créative dans le domaine de l’art (et plus largement dans le domaine du divertissement commercial). Elle traverse donc presque tous les types de média : littérature, peinture, cinéma, radio, jeu vidéo, etc. D’un point de vue technique, toute œuvre est par définition une œuvre de fiction, dans le sens où la fiction s’oppose à la réalité : dès qu’une œuvre tente de copier, d’enrichir, de contredire, de renverser ou de nier la réalité, elle est nécessairement fictive. Il est donc nécessaire de restreindre cette notion, non seulement ici à la littérature, mais dans la littérature même, aux œuvres principalement narrative. C’est en effet dans le cadre d’une histoire que nous percevons mieux la relation de fiction, de réalisme, etc., qui la lie à la réalité quotidiennement vécue. Cette restriction doit être élargie au besoin à certains genres ambivalents (le théâtre) et justifiée par rapport à d’autres, plus complexes à situer (la poésie).

 

II. La fiction

Le mot « fiction » vient de l’accusatif latin fictionem (de fictio, fictionis), lui-même issu du verbe fingere, dont les sens et nuances sont nombreux : « composer », « coiffer », « faire semblant », « feindre », « se figurer », « imaginer », « inventer », « manier », « modeler », « toucher », et d’autres. On le voit, tous ces sens se rapportent à la manipulation d’une matière première, et en particulier une matière intangible. La fiction, en quelque sorte, est la manipulation d’un matériau réel pour lui donner une autre forme, une nouvelle forme, limitée, partielle, mais qui n’a pas son équivalent dans la réalité connue. Ainsi, la fiction n’est pas, comme on le pense communément, quelque chose d’absolument distinct de la réalité : au contraire, toute fiction, même exotique, prend racine dans le connu.

Dans le cadre de la littérature, la fiction désigne plus spécifiquement la dimension non-référentielle d’une œuvre ; ce qui est non-référentiel est ce qui ne trouve pas d’équivalent dans la réalité (ce qu’on appelle alors un référent). Un personnage, une trame, un monde imaginaire sont fictionnels, parce qu’ils sont non-référentiels : autrement dit, ils n’existent pas dans la réalité. La notion de « fiction », en art, ajoute à l’idée de « non-référentialité » la cause humaine.

Une fiction n’arrive pas par hasard : elle est toujours une création volontaire, qu’elle soit planifiée ou improvisée. À l’inverse, dans une œuvre de fiction, tous les faits racontés ne sont pas forcément imaginaires : il suffit qu’un élément (un personnage, une péripétie, etc.) le soit pour que le récit soit considéré comme une fiction.

De plus, il semble que l’Histoire et l’usage aient nuancé la notion de fiction dans le sens de la crédibilité. Ici, la fiction se distingue de l’irréel, qui se revendique comme absolument détaché de la réalité connue. La fiction se comporterait donc plutôt comme une « seconde » réalité, prenant ancrage dans le matériel connu, quotidien, possible et envisageable, mais pour en proposer une évolution différente. De fait, la fiction se laisse accepter par le lecteur qui apprécie, souvent, de retrouver ses repères ; au contraire, le récit irréel demande un effort d’assimilation. Certains genres littéraires n’hésitent pas à jouer de cette ambiguïté pour conférer à l’œuvre une dimension concrète en se présentant comme le récit d’un événement ou d’une histoire réel(le) : l’histoire de la littérature regorge d’œuvres qui s’avèrent être des « pièges fictionnels » ayant fait sensation grâce à cette ambiguïté (Les Liaisons dangereuses et les Lettres persanes, entre autres).

Plus fréquemment, la fiction peut s’enrichir de certains détails réels afin d’accentuer sa crédibilité : une date historique précise, une référence à une personnalité connue, une mode contemporaine, etc. C’est ce que le critique Roland Barthes, dans un article éponyme, nomme l’« effet de réel » : un détail, extrêmement connu, familier et évocateur, et pourtant anodin, confère en retour à toute la fiction la même force évocatrice que si elle était véridique. Ce procédé a généralement une fonction rhétorique : il vise à consolider la puissance de conviction de l’œuvre en suggérant inconsciemment qu’elle est extrêmement fidèle à la réalité, et que par conséquent elle ne peut que « sonner juste » et dire la vérité. Des romanciers comme Zola, qui composent une œuvre pour développer une théorie qui doit convaincre, l’utilisent énormément ; le roman dit « naturaliste » cherche même à n’être qu’une parfaite reproduction de la réalité : chaque ligne comporte, au final, un effet de réel.

 

III. Typologie des œuvres narratives de fiction

Plusieurs types de récit fictionnel se déclinent selon le rapport qu’entretient la fiction avec la réalité. La question de la fiction, commune à quasiment toutes les œuvres de la littérature, est fondamentale dans le genre du roman, très libre et traditionnellement enraciné dans la vie quotidienne de personnages banals et normaux. L’analyse de ce rapport est particulièrement pertinente pour les types de récit suivants.

1. La fiction à vocation réaliste

a) Le roman réaliste

Le roman réaliste, comme son nom l’indique, s’attache à décrire un environnement, des événements et des personnages très proches de la réalité. Il ne s’agit pas seulement de crédibilité : le roman réaliste se veut un miroir fidèle de la réalité que nous connaissons. Toutes les péripéties ainsi que les évolutions des personnages sont rigoureusement soumises à une analyse des possibles et des limites de la réalité. Cependant, le réalisme peut aussi être un défi esthétique, pour qui cherche à raconter une histoire incroyable ou improbable tout en la faisant passer pour parfaitement possible.

b) Le roman naturaliste

Le roman naturaliste, produit du mouvement du même nom apparu à la fin du XIXe siècle, pousse le scrupule encore plus loin. Le roman perd toute liberté, autre que l’idée de départ. Idéalement, le roman naturaliste est un « condensé de réalité » d’où tout imaginaire grossier et improbable est banni. C’est ainsi que les romanciers naturalistes vont jusqu’à intégrer des descriptions et explications scientifiques à l’appui de l’évolution de leur histoire. Cette évolution entend respecter à la lettre les lois de l’évolution humaine, afin de faire la démonstration convaincante du déterminisme social – théorie très en vogue à l’époque. L’expression même de « roman naturaliste » incarne le paradoxe de la fiction et du naturel, incompatibles par définition. On a souvent reproché au roman naturaliste de n’être qu’un long et morbide fait divers sans intérêt esthétique.

c) Le roman historique

Moins scrupuleux, le roman historique emprunte à l’Histoire un cadre narratif réel. La fiction se place alors dans les points d’ombre de l’Histoire, et se contente de romancer tel événement, telle affaire célèbre, etc., en ajoutant des personnages et des péripéties à une trame réelle non modifiée. Il va de soi qu’on attend du roman historique qu’il respecte les faits et que ses ajouts soient parfaitement cohérents avec le cadre.

 

2. La fiction à vocation irréaliste

 

D’autres catégories du récit adaptent, négligent ou refusent le lien avec la réalité.

a) Le mythe

Par sa nature, le mythe n’entretient guère de lien esthétique avec la réalité. Il est même peu satisfaisant de parler de « fiction » avec le mythe. En effet, son esthétique est directement soumise d’une part à son origine primitive, et d’autre part à sa fonction explicative ou rituelle. Le mythe est profondément ancré dans la réalité : son procédé allégorique, qui consiste à humaniser ou diviniser des entités floues ou intangibles, n’en fait pas un concurrent de la réalité, ni même une extrapolation. Le mythe ne crée pas de « supplément » à la réalité : il l’explique seulement.

b) La fable, le conte, la légende

Ces trois sous-genres narratifs sont eux aussi ancrés dans la réalité : ils puisent leur matière dans la nature humaine, dans ce qu’elle a de constant (conte et fable) ou d’exceptionnel (légende). La dimension fictive est toutefois sciemment ajoutée, afin de rendre l’information plus attractive, compréhensible ou spectaculaire. La fidélité est une option, et très souvent la fiction, au fil du temps, fait oublier le fait réel qui inspira le récit. On constate tout de même un certain souci de cohérence, motivé par le fait que ces récits ont vocation à être crus, remémorés et transmis.

c) La fantasy, le merveilleux

La fantasy et le merveilleux disposent d’une relation assez libre avec la réalité. On peut choisir de raconter un récit très cohérent et crédible, bien que se déroulant dans un autre univers ou faisant appel au surnaturel : il suffit pour le lecteur d’envisager une autre réalité obéissant à des lois immuables simplement différentes. À l’inverse, on peut oublier toute contrainte et, au mieux, garder un décor familier mais introduire des incohérences, de la magie, des pouvoirs... dans une totale indifférence à tout vraisemblable.

d) La science-fiction

Plus complexe, la science-fiction hésite entre irréalité (mondes et univers aux lois physiques absolument différentes des nôtres) et puissante crédibilité (évolution fondée sur des lois connues et anticipées à grande échelle). La science-fiction reconnue s’efforce de proposer des anticipations du futur rigoureusement définies par l’évolution des technologies et des tendances actuelles.

En cela, la science-fiction est à la fois distante de la réalité connue, car elle peut se passer dans dix mille ans et dans d’autres galaxies, et profondément ancrée dans celle-ci, car tout ce qu’elle propose est envisageable scientifiquement. Le label de la science offre une sorte de caution de crédibilité à cette fiction pourtant très imaginative.

 

3. Les « pièges fictionnels »

 

Ce que nous appelons ici « piège fictionnel » est une œuvre de fiction qui exploite plusieurs procédés pour se présenter au lecteur comme un témoignage réel. Sur le même principe que le canular, une œuvre peut prendre la liberté d’empiéter sur les informations d’édition, sur la préface, sur les conditions de publication et sur la stratégie de diffusion pour créer l’illusion qu’elle n’est pas une fiction mais un vrai document. Théoriquement, n’importe quel genre ou sous-genre littéraire peut y recourir ; mais il est, bien sûr, des genres qui s’y prêtent mieux que d’autres. Le roman épistolaire joua souvent ce jeu. Sa forme même est particulièrement adaptée à ce procédé, puisque formellement, une lettre littéraire ne diffère en rien d’une véritable lettre. Ainsi, plusieurs œuvres épistolaires furent présentées comme des documents réels, généralement retrouvés au fond d’un grenier puis publiés à titre de curiosités, quand elles étaient en réalité des fictions souvent provocantes.

IV. Le théâtre et la poésie

 

Ces deux genres littéraires posent souvent problème en regard de la notion de « fiction » ; mais, après ce que nous venons de dire, le problème se simplifie dès lors qu’on distingue la part narrative dans ces deux genres.

 

Le théâtre possède, par définition, une dimension concrète : l’histoire est mise en scène, c’est-à-dire réalisée, rendue réelle. Si l’histoire peut être, et est généralement, fictive, la mise en scène, qui constitue principalement le théâtre en tant que tel, appartient à la réalité. Le genre est donc à la fois fictif et réel, dans la mesure où l’histoire, lorsqu’elle est jouée, advient provisoirement à la réalité. En fait, sa réalité commence au lever du rideau et s’arrête avec la fin de la pièce. On ne parlera alors pas du théâtre comme d’un genre « réaliste » (il ne s’agit pas de conformité ou de parenté avec la réalité connue) mais plutôt d’un genre « réalisé », puisqu’il n’est épanoui que dans la représentation. Il ne faut donc pas confondre la fiction de l’histoire, qui peut être réaliste ou improbable, avec sa réalisation, qui fait sortir l’histoire de l’abstraction.

 

On aperçoit toute la difficulté d’envisager le théâtre, entre invention narrative classique et parfaite réalité éphémère...

La poésie, plus complexe encore, incarne peut-être le problème inverse. On a tendance à percevoir la poésie comme totalement étrangère à la réalité familière. Au contraire, sa nature profonde s’enracine dans les émotions les plus simples et les réalités les plus concrètes : le souci de la poésie est avant tout de mettre en mots des émotions individuelles tout à fait antérieures à la moindre réflexion ou censure. La difficulté récurrente à comprendre la poésie vient du langage lui-même, auquel chacun prête des impressions, des images, des souvenirs, des jugements. Si bien que la poésie, qui n’est pas narrative, provoque un flot de représentations inédites, incongrues ou absurdes que l’on juge complètement étrangères au réel, parce qu’elles ne correspondent pas au réel intelligible de l’esprit. En d’autres termes, la poésie, non narrative et (donc) non fictionnelle, en s’opposant au réel rationnel de l’esprit, est perçue comme fiction imaginative ; or, son objet est la réalité même, avant sa compréhension par l’esprit. On ne peut donc pas dire que la poésie est fictionnelle : bien au contraire, la poésie serait le genre « réaliste » par excellence (cela reste à définir pour certaines sous-catégories de la poésie).

 

V. Conclusion

 

Le problème de la fiction, dans la littérature, est une clé fondamentale et en même temps extrêmement vaste. Traditionnellement perçue comme consubstantielle à la nature même de la littérature, la fiction entretient avec celle-ci des rapports très divers, allant de la fiction totale, irréelle, à la non-fiction radicale. Si la fiction ne résume pas la littérature, elle permet néanmoins de soulever les questions des genres littéraires. Il est à noter qu’on peut trouver sous le nom de « non-fiction » tous les écrits qui ne sont pas fictionnels, mais qu’on inclut tout de même dans la littérature : journal, essai, dictionnaire et encyclopédie, publications scientifiques, discours politique, documentaires, biographies, livres d’Histoire, etc.

 

À l’échelle des œuvres, la question de la fiction est pertinente : le genre, la portée, la profondeur et l’intention d’une œuvre sont conditionné(e)s par son « degré de fiction ». Ce degré de fiction, souvent problématique car se déclinant sur plusieurs niveaux, pose en outre la question de la limite entre invention et réalité, entre apparence et abstraction, entre représentation et nature. Autant d’approches différentes qui nous poussent à nous interroger sur la « non-fictionnalité » revendiquée de l’Histoire, de la science ou du journalisme : à partir du moment où il y a désaccord et interprétation, n’y a-t-il pas déjà fiction ? 

 

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