Les écrits philosophiques - Cours de Français Bac Pro

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Fiche complète sur un chapitre du programme de français du tronc commun des Bacs Pros sur "les écrits philosophiques des Lumières".

 

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Les écrits philosophiques des Lumières

 

 

I. Introduction

 

Les intellectuels que l’on range dans le mouvement des Lumières sont loin d’être tous des écrivains. Ils sont aussi bien savants, physiciens, mathématiciens, comme le précurseur Galilée, Isaac Newton, Georges-Louis Leclerc de Buffon (auteur d’une Histoire naturelle pléthorique), Antoine de Lavoisier (considéré comme le père de la chimie moderne), D’Alembert ou Jean-Baptiste de Lamarck (fondateur de la théorie mécaniste de la biologie), que philosophes, comme Diderot, John Locke, Emmanuel Kant, Pierre Bayle, Rousseau, Montesquieu ou Voltaire. La plupart des grands hommes des Lumières cumulaient de nombreux talents et étaient aussi bien scientifiques que philosophes – Leibniz en est un parfait exemple.

Tandis que d’une part les découvertes scientifiques majeures et d’autre part la contestation des dogmatismes religieux prolongent l’œuvre de la Renaissance, les écrits philosophiques et littéraires des Lumières permettent de répandre auprès d’un large public les idées nouvelles. Ainsi, aux enjeux scientifiques et théologiques, débattus dès la Renaissance, s’ajoutent progressivement les enjeux philosophiques (notamment grâce à Descartes et Spinoza), moraux (traités en particulier par Diderot) et politiques (dans lesquels se sont distingués Rousseau et Montesquieu). Les philosophes se font écrivains de fiction et, très souvent, pamphlétaires revendiquant une voix politique. L’écriture du texte philosophique (et non « de philosophie ») incarne l’interpénétration des dimensions métaphysique et sociale. Cette double portée caractérise l’écriture philosophique multiforme des Lumières.

 

 

II. La place de l’écriture dans les Lumières

 

Porteuse de nouvelles ambitions, la littérature philosophique des Lumières invente ou renouvelle un certain nombre de formes et de genres. Si les formes théoriques, comme le traité ou l’encyclopédie, restent assez classiques, d’autres formes plus littéraires, le roman et le conte en particulier, entraînent par conséquent la littérature à la suite de la philosophie. En cette époque plus qu’en toute autre peut-être, l’imbrication de la forme choisie et du sujet traité est mise en avant : en effet, elle obéit à une même volonté de démonstration. Lorsqu’il s’adresse aux puissants et à ses collègues, Rousseau rédige le traité du Contrat social ; lorsqu’il se propose de redéfinir la manière d’éduquer les enfants, il compose le roman Emile.

 

Cet assujettissement quasi systématique de la forme littéraire à la réflexion théorique rationnelle est la cause, pour certains, d’une pauvreté littéraire et stylistique ; pour d’autres, elle permit au contraire l’émancipation notable du roman. Il est vrai que si les Lumières ont donné naissance, par exemple, au roman moderne (avec Jacques le Fataliste entre autres), et donné ses lettres de noblesse à la compilation des savoirs (dont le XIXe siècle sera friand), leurs œuvres littéraires ne jouissent pas toujours de la plus grande considération. Il faut donc garder à l’esprit, avant de parler d’une œuvre philosophique des Lumières, qu’elle est à la fois théorique et littéraire, et que comme telle, elle doit sans cesse jongler, avec plus ou moins de génie, entre deux manières d’écrire.

 

En parallèle des formes « fixes », les idées empruntaient beaucoup le médium de la conversation, devenue une pratique sociale et intellectuelle encore plus poussée et importante qu’à la cour de François Ier. La plupart des savants, philosophes et écrivains des Lumières se réunissaient régulièrement chez les élites éclairées de la noblesse (généralement des femmes), afin de discuter et de débattre des problématiques du moment, de s’informer de l’évolution des idées philosophiques comme politiques, ou encore pour lire un ouvrage récemment paru ou une épreuve qu’un auteur propose à la correction commune avant de le publier.

 

Ces salons littéraires et philosophiques eurent une telle importance que s’ensuivirent deux conséquences. La première, c’est que certaines œuvres, pour la plupart des traités courts, naquirent de ces conversations prolongées : c’est le cas des œuvres de Charles de Saint-Evremond (critique du XVIIe siècle) ou de quelques écrits de Diderot. La seconde, c’est qu’en contrepartie les écrits ne transcrivent pas toujours la force et la vivacité des idées échangées oralement : tel auteur a pu se contenter de « mettre au propre » les idées affinées en public, sans beaucoup de soin pour la richesse du style. Le café littéraire était davantage prisé des jeunes poètes et critiques, qui lançaient là une mode destinée à un immense succès au XIXe siècle.

 

III. Les formes de la littérature philosophique

 

1. Les formes théoriques

 

Les « formes théoriques » désignent les formes littéraires, ou plutôt scripturales, sans prétention littéraire.

 

a. La compilation 

 

La plus éclatante manifestation de l’ambition des Lumières dans le domaine du savoir est bien sûr l’Encyclopédie (1751 à 1772), symbole des Lumières et arme politique de poids, menée par Diderot et D’Alembert. Sans être lui-même philosophique par nature, cet ouvrage exprime néanmoins la philosophie cognitive (c’est-à-dire « de la connaissance ») propre au mouvement des Lumières. Cette vaste entreprise de compilation de toutes les connaissances existant à ce jour manifeste la vision ordonnée et rationnelle du monde née à la faveur des importantes découvertes scientifiques depuis la fin de la Renaissance (Copernic, Galilée, Giordano Bruno). Cette manière de comprendre le monde, qui est aujourd’hui encore la nôtre dans une grande mesure, soumet tous les domaines du savoir à la même idéologie ordonnatrice : ainsi, l’éducation, la société, la politique, la morale sont aussi rationnelles que les mathématiques, l’astrophysique, la biologie, la chimie. En cela, l’Encyclopédie est un excellent témoin de la philosophie globale des Lumières, que ses innombrables articles, rédigés en majorité par des philosophes, viennent préciser.

 

Il convient de citer également le moins connu mais non moins génial et précurseur Pierre Bayle, philosophe et écrivain de la seconde moitié du XVIIe siècle. Il est l’auteur notamment d’un Dictionnaire historique et critique, dont l’ambition première était de corriger les erreurs commises par les auteurs des autres dictionnaires. Rapidement, l’ouvrage est enrichi de réflexions, de citations, de références pour constituer une véritable ébauche de l’Encyclopédie des Lumières. Formellement, l’ouvrage est « labyrinthique », composé d’articles enchâssés, de renvois, de citations et de nombreuses notes. La composition extrêmement errante et ouverte manifeste une conception du monde défendue par Pierre Bayle, reposant sur l’absence d’un manichéisme simpliste et sur le croisement permanent des points de vue et des perspectives.

 

b. Le traité

 

L’autre forme théorique très en vogue est le traité. Extrêmement variable dans sa définition comme dans sa forme (il est fréquemment composé sous forme d’une lettre fictive), il a pour ambition de traiter un sujet selon des modalités diverses, généralement présentées par l’auteur dans une préface. On pourrait l’apparenter à l’essai.

 

Parfois très rigoureux, austère et exhaustif (comme les Fondements de la métaphysique des mœurs de Kant ou L’Ethique de Spinoza), parfois au contraire partiel, intuitif et virtuose (l’Entretien entre D’Alembert et Diderot ou Le Paradoxe du comédien de Diderot), il est plutôt court afin de se diffuser facilement. Il est la forme privilégiée de l’échange d’idées souple et rapide, à la fois dans les salons littéraires et à la publication.

 

Son ambassadeur le plus illustre et renommé est sans doute le Contrat social de Rousseau (1762). Le philosophe y débrouille, dans une forme rigoureuse organisée en livres, chapitres et axiomes, le concept de « souveraineté du peuple » et énonce les principes de la démocratie moderne. L’ouvrage a rapidement acquis un statut de monument et figure parmi les œuvres majeures de la philosophie politique. Dans le domaine politique encore, l’imposant De l’Esprit des Lois (1748) de Montesquieu fait également figure de monument de la réflexion politique, par l’étendue et la profondeur des problèmes discutés. Les traités purement philosophiques n’ont pas toujours eu la même fortune, soit que leur forme fade et austère, bien loin de l’éclat des conversations animées, les aient laisser tomber dans l’oubli, soit que leur audace fut contrainte par les poursuites de la censure (ce fut le cas notamment de ceux de Diderot, et surtout de la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient). L’œuvre phare de la philosophie spéculative et métaphysique reste les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) de Kant, dans lequel le philosophe tente de fonder rationnellement les règles de morale entre les hommes.

 

 

2. Les formes littéraires

 

Elles sont très diverses, au point qu’on manque d’une terminologie précise pour les distinguer toutes. L’examen de l’œuvre de Diderot suffit à relever romans, apologues, dialogues, pièces de théâtre, entretiens fictifs, contes, satires, etc., proposant pratiquement à chaque fois une forme spécifique et différente des autres auteurs. Nous nous en tiendrons aux formes les plus répandues.

 

a. Le roman 

 

Le genre qui connut la plus grande évolution pendant les Lumières est, malgré ou grâce à son assujettissement fréquent, le roman. Le roman moderne est pratiquement né pendant les Lumières. Il était déjà très pratiqué et répandu à l’époque classique, mais n’était qu’un divertissement ; avec Diderot et Rousseau (en France), il gagne une crédibilité nouvelle. Lui-même protéiforme par nature, il s’adapte à son sujet et à sa démonstration : ainsi les romans philosophiques innovent-ils formellement à chaque fois. Leur fonction est principalement de confronter une conception philosophique à la réalité riche, chaotique et inattendue représentée dans le roman. En tant qu’espace de la vie quotidienne, espace libre, le roman est en quelque sorte le laboratoire philosophique des auteurs. Toutefois, l’exigence stylistique et sociale de l’agrément rend difficile l’articulation de l’exhaustivité, du style, de la démonstration et du plaisir de lire. On comprend alors que peu d’auteurs s’y soient risqués, et qu’encore moins s’y soient distingués. En France, dans le domaine philosophique, on n’a guère retenu que les romans de Diderot, de Rousseau et de Montesquieu.

 

Diderot a écrit un roman philosophique notable. En 1796 paraît le bien connu Jacques le Fataliste, composé vingt ans plus tôt et distribué en copies aux élites. Ouvrage insaisissable, composite, plein de qualités comme de défauts, il est un excellent exemple d’œuvre à la fois philosophique et littéraire, aussi bien virtuose que maladroite. L’œuvre témoigne d’une entière liberté d’esprit et de style, dont la verve et – parfois – le mauvais goût rappellent les excentricités de Rabelais. Pourtant, il s’agit bien là d’un laboratoire, puisque Diderot y confronte la thèse de l’arbitraire du devenir (à laquelle ne croit pas le pauvre Jacques) dans un environnement explicitement instable, imprévisible et hors de contrôle. L’affirmation de cette spontanéité du roman, quelque peu déstabilisatrice, a beaucoup fait pour le succès de l’œuvre et pour la maturation du roman moderne.

 

Rousseau, quant à lui, a composé l’Emile (1762) et la Nouvelle Héloïse (1761), deux œuvres qui connaissent toujours un très grand succès populaire. Le premier, que l’on pourrait qualifier de précurseur du roman à thèse, s’attache à démontrer la validité de la « bonne » éducation à prodiguer à un enfant né sous les Lumières. Organisé et rationnel, l’ouvrage compte sur la liberté et la richesse du genre romanesque pour présenter un développement dialectique crédible de l’enfant, oscillant sans cesse entre apprentissage théorique et expérience empirique. La Nouvelle Héloïse, de son côté, traite de questions morales et sentimentales sous forme d’échange épistolaire. Le traitement intime et sentimental des problématiques morales, au rebours du rationalisme habituel, marqua les esprits. Rousseau ouvrit ainsi la voie au Romantisme à venir. L’homme fait d’ailleurs figure de marginal dans le siècle des Lumières, à la fois socialement (il ne venait que rarement dans les salons et était mal à l’aise en public), philosophiquement (son opposition farouche au populaire Voltaire est devenue légendaire), et littérairement (la variété de son œuvre, jusqu’à ses poésies intimistes, même à cette époque, est singulière) – portrait qu’il cultivait de lui-même.

 

Montesquieu, homme de loi, a publié anonymement, en 1721, un roman qui eut un immense retentissement, aussi bien pour son intérêt littéraire que philosophique. Les fameuses Lettres Persanes sont le perfectionnement d’une démarche herméneutique (« visant à connaître ») courante à l’époque des Lumières : l’excursion dans une culture étrangère permettant de faire ressortir, par comparaison et contraste, les incohérences, absurdités et injustices de la culture examinée. Diderot, dans le Supplément au Voyage de Bougainville, s’y est livré, sur la question de l’esclavage et de l’humanité des Noirs. Montesquieu, avec un ton bien plus critique, charge Usbek et Rica, orientaux en voyage à Paris, de relever les aberrations du système politique et moral français. De forme épistolaire, le roman est présenté comme « trouvé » par un éditeur fictif : cela afin de conférer à l’ouvrage une valeur de témoignage réel et d’éviter les persécutions éventuelles de la censure.

 

c. Le conte

 

Chasse gardée de Voltaire, le conte philosophique a pour vocation d’exposer, sous forme de narration, une théorie philosophique. Le ton est généralement léger et agréable, le registre est le fantastique, et la démonstration repose sur le principe de l’exemple et du contre-exemple. La trame narrative prend souvent la forme itinérante du roman picaresque ou du roman de formation, car elle permet d’une part l’étonnement, propice à l’ouverture d’esprit, et d’autre part l’enseignement progressif d’une théorie philosophique.

En somme, le conte s’évertue à rendre crédibles un système de pensée, une conception morale, une organisation politique alternatifs mais tout aussi justifiables et efficaces. Peu enclin à la démonstration rigoureuse, le conte philosophique propose plutôt l’exemple d’une civilisation lointaine et originale et le strict exposé de règles inédites. En cela, il est naturellement proche de l’utopie (brillamment fixée par Thomas More). Il convient de ne pas le confondre avec le conte traditionnel, exclusivement narratif : le conte philosophique propose généralement une histoire faible, uniquement destinée à mettre en avant les idées de son auteur.

Bien que peu considérés par Voltaire, ses contes sont pourtant son œuvre la plus lue. Candide, L’Ingénu, Micromégas, Le Monde comme il va, Zadig, Le Songe de Platon, L’Homme aux quarante écus figurent parmi les plus connus. On y trouve « l’esprit de Voltaire », conformément à sa volonté d’enseigner le doute plutôt qu’une doctrine particulière. C’est en outre la partie la plus accessible de son œuvre philosophique, laquelle, à l’exception d’une poignée d’ouvrages (Lettres philosophiques, Traité sur la tolérance, Dictionnaire philosophique portatif), se déploie sous n’importe quelle forme et à tout propos. En cela, le prolixe Voltaire est un parfait exemple de la manière de philosopher propre aux Lumières : le rejet de la forme lourde et fixe y était constant.

 

d. La nouvelle

 

Forme extrêmement souple, la nouvelle est la forme fictionnelle préférée des réguliers des salons. À la différence du conte, elle permet de traiter une question, assez pointue ou fermée, sous forme d’un récit très allusif : la démonstration, si l’on peut parler de démonstration, ne s’opère que par le récit et l’évolution des personnages. La nouvelle jouit, de ce fait, d’un succès certain en salon, puisque des idées ou opinions audacieuses peuvent s’y répandre sous couvert d’un récit en apparence anodin, mais riche en sous-entendus. Forme prédisposée à la connivence et à l’entente tacite, la nouvelle se permet de puiser à tous les styles (notamment galant) pour joindre beaucoup d’agréable à moins d’utile – ce pourquoi elles n’ont guère marqué l’histoire philosophique.

Néanmoins, leur agrément, leur virtuosité et leur audace témoigne de l’esprit des salons où se réunissaient des personnalités très diverses liées, au-delà des conditions, par la libre pensée. La nouvelle était également le moyen de « tester » un futur roman en proposant la lecture publique d’un condensé. On peut citer, dans une veine libertine, Point de lendemain (1777) de Vivant Denon, un des plus remarquables hommes de salon de l’époque. Cette nouvelle met en scène un jeune homme, fraîchement introduit dans le monde, brusquement confronté à la morale libertine d’une noble inconnue. Sa virtuosité stylistique en fait un modèle d’écriture.

 

 

3. Les formes libres

 

Par « formes libres », nous désignons trois médiums de réflexion et d’opinion qui revendiquent une liberté politique. Si la liberté de pensée a évolué depuis la Renaissance, les élites intellectuelles n’en continuent pas moins de réclamer, au risque de l’incarcération, une liberté absolue d’opinion. Et ils n’hésitent pas à faire connaître leurs points de vue à tous. Pour cela, trois moyens : la presse, le pamphlet et la correspondance. On ne peut les qualifier d’« écrits philosophiques » au sens strict, car ils sont indissociables d’une situation, d’une question d’actualité ou d’un contexte particulier ; ils tiennent donc plutôt de l’opinion que de la réflexion. Cependant, ils furent tellement pratiqués et répandus qu’ils participèrent, au moins autant que les publications traditionnelles, à faire évoluer les mentalités de l’époque. Il est bon de pouvoir les évoquer.

 

La presse quotidienne n’était pas encore née : les premières publications régulières s’échangeaient surtout au sein des élites culturelles et traitaient quasi exclusivement des idées scientifiques, philosophiques et littéraires. En 1684, Pierre Bayle fonde et rédige Les Nouvelles de la République des Lettres, périodique de critique littéraire, philosophique, historique et théologique qui conquiert rapidement une diffusion internationale jusqu’en 1718. Citons également La Correspondance littéraire (1747-1793), à diffusion manuscrite et très restreinte, dans lequel Diderot fit publier, en série, plusieurs de ses œuvres (jacques le Fataliste et La Religieuse, entre autres). La presse était en outre un moyen de contourner la censure qui s’exerçait sur les publications traditionnelles, car ces périodiques ne circulaient qu’entre initiés.

 

Le pamphlet, à vocation nettement politique, jouit d’une plus grande diffusion, dans la mesure où il tire sa force de sa popularité. Le chef-d’œuvre du genre est sans conteste Le Neveu de Rameau, écrit par Diderot entre 1762 et 1773. Cette pièce de style et de verve eut un tel succès au travers de ses nombreuses publications, qu’elle fit plus pour la popularité de Diderot que toutes ses autres œuvres réunies. Aucune autre œuvre du genre ne l’approche, car le pamphlet n’est pas une forme littéraire ou spéculative par nature. Il permit surtout de bousculer les idées reçues et de diffuser, de manière spectaculaire et abordable par le quidam, les points névralgiques des philosophies qui se développaient dans les sphères privées.

 

Enfin, la correspondance représente une part importante de la littérature philosophique des Lumières. Tous les savants, artistes, philosophes et écrivains de toute l’Europe correspondaient activement pour échanger points de vue, informations, idées, suggestions, théories. L’exemple de Voltaire est éloquent : on recense près de 23 000 lettres écrites de sa main. Bien des conceptions philosophiques se dessinaient dans des correspondances fournies, ce qui justifie, dès lors, leur réunion et leur publication. Toujours conformément à la pratique « ambulatoire » de la philosophie, la correspondance de l’époque se présente en quelque sorte comme un immense traité commun composé au jour le jour, au fil des réflexions particulières. L’autre vertu de cette pratique généralisée était de mettre en place un réseau d’idées international qui assurait une diffusion et une évolution communes à toute l’Europe.

C’est donc en partie grâce à l’échange réciproque que chaque culture a évolué dans telle ou telle direction. Inutile de préciser, pour finir, que la correspondance se passait de toute censure, et jouissait donc d’une liberté absolue – qui devait justifier, à son tour, la liberté du roman épistolaire (Les Liaisons dangereuses de Laclos, par exemple), lequel connut une bonne fortune sous les Lumières.

 

 

III. Conclusion

 

Dans un jeu de répliques infini, les écrits philosophiques des Lumières proposent de nouvelles formes d’écriture, aptes à développer leurs pensées, tandis que ces formes, nouvelles ou renouvelées, ouvrent à leur tour la voie à de nouvelles manières de penser. La prolifération des écrits emprunte de nombreuses formes : encyclopédie, traité ; roman, nouvelle, conte ; presse spécialisée, correspondance, à la mesure des nombreuses idées qui naissent et se développent. La qualité littéraire des Lumières se distingue en particulier par une liberté formelle, laquelle, loin de porter préjudice à la rigueur démonstrative, varie à l’infinie les genres, les tons et les styles, tout comme s’y complaisent les infinies nuances des conceptions philosophiques.

En cela, les écrits philosophiques des Lumières sont porteurs d’un double intérêt : à la fois novateurs dans la pensée philosophique et, de manière moins systématique toutefois, créateurs dans l’histoire littéraire. Nous pouvons en ajouter un troisième, et non des moindres : les écrits philosophiques ont motivé le premier véritable réseau international permanent d’échanges d’idées, préalablement initié par les savants de la Renaissance. C’est avec les Lumières que se met progressivement en place la diffusion des idées à grande échelle, d’abord entre les cercles européens, puis, au moyen de la littérature polémique, auprès de la bourgeoisie, force politique en puissance.

 

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