Le virtuel - Cours Français Bac Pro

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Le Virtuel

 

I. Introduction

 

Penser le virtuel c’est en même temps penser le réel, et leur relation. Le réel est-il suffisant ? Qu’apporte le virtuel ? Comment l’intégrer au réel de manière « naturelle » ? Bref, le développement du virtuel, et plus généralement des moyens de mettre à distance la réalité au moyen d’une interface conçue par l’homme, pèse les avantages et les risques. Le débat dure depuis déjà longtemps, dans la ligne directe des inquiétudes du XIXe siècle face au progrès technologique : n’y a-t-il vraiment aucun risque à contourner, tromper et délaisser la nature ? Est-il prudent de s’appuyer sur quelque chose qui peut, à n’importe quel moment, faillir ?

 

Le « virtuel » ne désigne pas uniquement l’informatique, les mondes numériques ou les effets spéciaux. Dès lors que l’on use d’astuce pour tricher avec la nature, on peut parler de virtuel. La créature du Dr. Frankenstein, qui a l’apparence et la conception d’un homme, est un homme virtuel : il ne lui manque que l’essence d’être humain pour vraiment être un homme réel. Cette créature n’est qu’une reproduction ambitieuse, mais toujours inférieure à un véritable être humain. C’est ainsi qu’il faut comprendre le terme de « virtuel » : est virtuel ce qui est « en puissance », comme disent les philosophes, c’est-à-dire ce qui possède presque toutes les qualités de l’objet de référence, sauf l’essence, et souvent la réalité tangible. Cela nous permet d’ailleurs de débuter notre réflexion à partir de Mary Shelley : les récits imaginaires ou utopistes précédents (chez Thomas More, Cyrano de Bergerac ou Voltaire) ne mettent pas l’accent sur le progrès et ses conséquences.

 

II. Les « fantasmes de l’an 2000 »

 

1. La confiance en la technique

 

Avant de s’inquiéter, les scientifiques, philosophes et artistes se sont montrés plein de curiosité voire d’espoir pour les progrès techniques. Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, le climat de découvertes géographiques, de redécouverte littéraire et philosophique, et de progrès technique favorise un enthousiasme global en vue d’un avenir plus sage, plus confortable, plus équitable. Les philosophes des Lumières (par le biais de l’Encyclopédie notamment) répandent les avancées, les vulgarisent et réfléchissent à un futur où chacun aurait un toit et de quoi manger, où les machines et automates rempliraient les tâches viles, tandis que chacun aurait le temps de se cultiver et de contribuer à la sagesse, enfin advenue, de l’homme.

 

La foi de ces hommes dans les possibilités des automates, par lesquels ils étaient fascinés, devait entraîner, en libérant les hommes des contraintes monétaires et sociales du travail, une amélioration générale de la condition et de la dignité de l’homme. Cette concomitance réciproque des progrès technique et humain, qui n’est plus du tout de mise aujourd’hui, est un schéma de pensée confiant et typique des Lumières et du tout début du XIXe siècle, destiné à être vivement contesté par les Romantiques, pour qui la « civilisation » est au contraire le signe de la perdition de l’homme.

 

L’inquiétude reste marginale pendant un certain temps, car l’amélioration pratique de la vie quotidienne est plus qu’appréciable. Des plus, les récits d’anticipation, traditionnellement effrayants, se maintiennent dans un registre horrifique populaire qui n’atteint pas forcément les élites pensantes. Avant que l’industrialisation ne donne naissance à la classe prolétaire, miséreuse et frustrée, le progrès reste globalement synonyme d’amélioration de la vie pour tous les hommes. Les récits de Jules Verne en sont un exemple, tout comme les derniers poèmes de La Légende des Siècles de Victor Hugo, pour qui l’« aéroscaphe », engin volant imaginaire, marquerait symboliquement l’accession de l’humanité au salut. Les récits techniques fantastiques (on ne peut encore parler de science-fiction au sens strict) de faible qualité vantent eux aussi les bienfaits d’engins futuristes en tous genres.

 

2. Les premiers questionnements

 

Si la première contestation massive du progrès technique est née de la vision de la classe prolétaire (voir les romans de Zola : par exemple, la locomotive de La Bête humaine asservissant l’homme devenu un animal), cet enthousiasme s’est très tôt interrogé sur la distance toujours plus grande que le progrès instaure entre l’homme et son environnement naturel. Ce sont les mêmes Romantiques (d’abord les Allemands), en réfléchissant sur les besoins de l’homme en nature, en émotions, en profondeur, qui ont commencé à questionner la théorie du progrès. En effet, on peut lire chez Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe, IV, XLIV) une critique de ces machines, qui enlèvent à l’homme le contact avec la terre, la santé de l’exercice, l’occupation, bref sa liberté : « que ferez-vous du genre humain désoccupé ? » Globalement, le Romantisme s’oppose aussi au progrès comme facteur d’embourgeoisement de la société – puis de cupidité, d’hypocrisie, d’égoïsme, et finalement d’inhumanité. La perception romantique du progrès technique rejoint celle, traditionnelle, de la ville comme lieu de débauche des esprits : la prolifération des innovations contribue à déshabituer l’homme des rapports sociaux normaux et respectueux.

 

On le voit, les critiques des Romantiques sont toujours très pertinentes de nos jours. L’industrialisation généralisée de l’Europe, troquant le travail de la terre pour le mercantilisme et la misère ouvrière, ne fit qu’exacerber la critique – néanmoins, l’amélioration lente des conditions de vie des ouvriers étouffait la voix des contestataires. Avec un peu de travail, on n’osait pas trop se plaindre.

 

Au début du XXe siècle, la naissance de la science-fiction que nous connaissons aujourd’hui répand plus largement la conscience du progrès technologique (magazines pulp. Bien que fantaisiste, la vision du futur est souvent assez sombre : il ne s’agit guère de suggérer les améliorations et bénéfices du progrès, mais de raconter des affrontements, des guerres, de mauvaises rencontres, des affaires de meurtres ou de cupidité (pour les plus subtiles). En somme, la vision de l’avenir associe technicité et inhumanité.

 

Au-dessus de ces récits assez pauvres, la science-fiction plus littéraire traite la question avec plus de recul. On y pèse le pour et le contre, et c’est quasi constamment le contre qui l’emporte.

 

III. Les inquiétudes de la science-fiction

 

1. L’homme en porte-à-faux

 

À partir des années 1950-1960, la science-fiction littéraire devient un genre solide qui s’efforce d’être crédible et de mettre en avant la réflexion, au lieu du simple divertissement. Cette science-fiction, que l’on peut qualifier de « sérieuse », anticipe sur l’avenir, ce qui implique qu’elle part du réel et du connu pour en extrapoler l’évolution à venir. Ainsi, sa créativité reste circonscrite par les probabilités d’évolution technique puis morale, ce qui lui permet de proposer une réflexion sur notre devenir. Ses objets privilégiés sont précisément ceux qui médiatisent toujours plus notre vie ; c’est-à-dire, tout ce qui se place en position médiane, au milieu entre l’homme et son environnement naturel. Informatique, réalité virtuelle, rêve et imagination, industrie et mécanisation, robots et automatisation sont donc récurrents en science-fiction. Plus généralement, tout objet qui met l’homme face à ses limites et en position de le supplanter concentre les inquiétudes des auteurs de science-fiction. Le virtuel est donc bien au centre de leurs préoccupations.

 

Comme nous l’avons aperçu, la première œuvre de science-fiction, Frankenstein, décrit très précisément cette peur qu’un homme virtuel puisse être plus fort, et donc plus adapté que l’homme « normal », et le supplante. Autre récit précurseur, Ève future (1886), d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam, traite en partie la même problématique : on voit que la machinisation progressive de l’environnement quotidien suscite la crainte d’un éventuel androïde venant remplacer ou concurrencer l’homme. La virtualisation, pratique sur bien des aspects, renverse toutefois la croyance en l’unicité et en la toute-puissance de l’homme. Celui-ci se place alors en position défensive, ce qui explique que les robots, dans les récits de science-fiction, échouent dans leurs projets machiavéliques à cause, justement, de ce qui leur manque en tant que copies d’humains. La saga I, Robot d’Isaac Asimov traite la question : dans le film, on voit le robot Sonny surpasser les autres en usant d’une capacité exclusivement humaine : la confiance.

 

2. Le Meilleur des mondes et 1984

 

Les maîtres du genre ont proposé nombre de variations sur le thème de la virtualisation de la vie. Le Meilleur des mondes (1931), d’Aldous Huxley, raconte la médiation de la naissance : les êtres humains sont quasiment pondus anonymement, triés selon leurs potentialités, et éduqués par des robots, hermétiquement isolés de tout environnement naturel et libre. Le souci global de cette société, comme de toute idéologie en science-fiction, est le bonheur des concitoyens. Ainsi, le paradoxe sous-jacent aux craintes technologiques est que le progrès insensé est motivé par des raisons louables : la fin finirait par faire oublier la gravité, le danger ou l’inhumanité des moyens. Ce récit, comme d’autres, s’inspire des ou annonce les systèmes totalitaires (soviétique, nazi, etc.) qui reposent sur une gestion de la population médiatisée par un protocole contre-nature de « triage » et d’« éducation ». Le but final étant la nation et non l’habitant, ce dernier est déshumanisé, réduit à un numéro, un statut, une profession : devenu un simple outil, il se mue en un homme virtuel, un corps contrôlé de l’extérieur, un homme possible – mais jamais vraiment là. Le roman d’Huxley justifie son eugénisme par le bonheur des citoyens, car ce bonheur ne s’obtient qu’en acceptant la place qu’on nous donne et en ne se posant pas de question. L’éventualité très proche de cette justification fait toute son horreur.

 

Dans un registre similaire, 1984 (1949) de George Orwell place l’homme dans une véritable fourmilière impersonnelle où il est épié et dirigé en permanence. Tous les rapports sociaux sont codés et protocolaires, si bien qu’aucune liberté n’est permise. L’omniprésence du verre et des écrans symbolise l’envahissement des parois qui empêchent le contact : toute relation est médiatisée ou au moins coupée par un écran. L’interlocuteur perd sa consistance, son épaisseur, pour se réduire à une voix, qui-plus-est obligée de se plier aux échanges sociaux autorisés – donc impersonnels. C’est ici la société qui devient virtuelle, puisque toute dimension sociale disparaît : on n’a plus affaire qu’à des avatars d’hommes, et toute notre vie, du fait des caméras partout, est constamment assimilée à une représentation. Le crime du héros Winston, pour lequel il risque une mort certaine, c’est d’éprouver des sentiments (précisément incontrôlables : l’amour) pour quelqu’un d’autre, et de s’y laisser aller.

 

IV. Crainte et promotion du virtuel

 

Le thème reste présent aujourd’hui, mais de manière plus diffuse et plus théorique. De temps en temps, un penseur alerte sur les dangers de la vie virtuelle, ou les journaux se font l’écho de faits divers relatifs aux risques de celle-ci. De fait, le virtuel est devenu si familier que s’élever contre sa présence est vite qualifié de position obsolète ; et il est vrai qu’il convient d’être mesuré dans sa contestation, tant les aspects pratiques pèsent lourd dans la balance. C’est pourquoi il n’y a guère plus d’œuvre de fiction écrite qui mette en garde contre le virtuel. Le cinéma, par contre, s’y attèle fréquemment, en partie à cause du potentiel spectaculaire de la science-fiction – mais la contrepartie est que le film, tributaire de ce qu’il critique, n’a pas la moindre portée contestataire ou d’avertissement.

 

La « psychose », comme on l’appelle aujourd’hui, du virtuel s’affiche en fait partout : chaque piratage d’une banque ou d’une société, chaque escroquerie ou usurpation de données, chaque fuite numérique est l’occasion de rappeler des risques qui n’empêchent nullement le développement continu du virtuel. Pour preuve, l’industrie du jeu vidéo, très souvent accusée d’inciter les jeunes à la violence, se tourne vers la 3D et l’immersion totale du joueur. Les réseaux sociaux se multiplient est détiennent toujours plus de pouvoir. Les nouvelles technologies se penchent sur la « réalité augmentée » (affichage de données numériques par-dessus la réalité visible, au moyen de lunettes, d’un pare-brise...), qui constitue le symptôme éloquent des peurs de la science-fiction et des gens en général : le mélange, jusqu’à l’indiscernable, du virtuel et de notre perception réelle. En somme, tous ces « ajouts » intangibles à notre perception naturelle, qui se trouve par conséquent toujours plus médiatisée, sont à la fois promus et visés par le journalisme et le reportage (les... « médias »). L’objet de tous les émerveillements comme de toutes les critiques reste la porosité de l’information : comme dans 1984, on nous abreuve de données, mais on nous en prend aussi à notre insu. En fait, tous ces faits sont déjà présents dans les récits d’anticipation célèbres : le journal, qui a supplanté dans ce domaine la littérature, ne fait que rappeler des évidences déjà anciennes.

 

V. Conclusion

 

La question du virtuel chapeaute la quasi-totalité des critiques et réflexions sur le progrès technique et technologique. Au-delà des dangers ou incidents ponctuels et spécifiques, l’inquiétude se nourrit d’un manque de clarté et de maîtrise dans la cohabitation de deux ordres aux prétentions presque équivalentes. La réalité virtuelle, ou virtualisée au moyen de machines, de mécanismes divers ou encore par l’informatique, bien que conçue et installée par l’homme, devient très vite aussi contraignante et asservissante que l’indomptable réalité.

 

Certes, il faut attendre un certain degré de progrès pour craindre une telle servitude. Toutefois, quelques artistes et penseurs l’avaient crainte dès le XVIIIe siècle, et ce malgré un engouement ferme pour l’espoir d’une vie plus facile et juste. La prudence, qui pouvait s’exercer avec un progrès assez lent et progressif, s’est vite perdue au siècle suivant ; et la sagesse, idéal des Lumières, n’a pas beaucoup effleuré les industriels et bourgeois. Le problème actuel, plus pressant mais paradoxalement traité en totale marginalité par des chercheurs ou philosophes inconnus, tend à se radicaliser. Après plusieurs siècles d’expérience, la question du virtuel n’appelle pas un « oui » ou un « non », mais plutôt une mesure, une saine pondération – à laquelle de vieux textes ont déjà, pourtant, répondu.

 

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