La perte d'humanité - Fiche de révision Français Bac Pro

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Ce chapitre sur la perte d'humanité vous apportera les connaissances nécessaires en vue de bien vous préparer à l'épreuve de Français du bac pro. Vous trouverez des informations utiles sur des notions comme l'homme contre l'homme et la perte d'humanité d'un point de vue technologique.

 

LA PERTE D'HUMANITE

 

I. Introduction

 

Le concept d'humanité, toujours difficile à définir, est généralement invoqué dans une perspective dynamique : on parle de gagner en humanité, ou au contraire de perte d'humanité. Cette manière de penser l'humanité comme un idéal à acquérir est principalement héritée de la tradition judéo-chrétienne, pour laquelle l'homme est une espèce élue et supérieure, destinée à s'améliorer pour corriger la faute originelle et rejoindre le statut d'ange. Par conséquent, l'humanité est déjà une perte : celle du statut divin. Pour le retrouver, l'homme doit renforcer ce que la tradition ou les mœurs perçoivent comme les qualités de son espèce, et se débarrasser de ce qui est considéré comme des défauts ; avec pour objectif de n'avoir plus aucun défaut, d'être donc un humain idéal. Bien sûr, les caractéristiques à approfondir pour améliorer l'homme en tant qu'espèce divergent selon les époques et les idéologies : charité chrétienne, raison des Lumières, passion romantique, perfection technologique, etc.

 


Outre le problème de la relativité de ces qualités et de ces défauts, qui varient suivant les cultures, la question de la perte d'humanité est mise à mal par celle de la finalité de cet impératif : pourquoi devenir un humain parfait, surtout si l'on n'adhère pas à la conception judéo-chrétienne ? À l'opposé d'une conception judéo-chrétienne, qui parle d'empathie, de compassion et de salut, une conception comme celle de Nietzsche, qui prône au contraire l'investissement personnel au détriment d'autrui, peut sembler tout aussi pragmatique. Finalement, cette question ne concerne pas tant un individu isolé que l'ensemble des hommes. C'est dans une communauté que la perte d'humanité peut poser un problème : il s'agit donc avant tout d'une question de société, qui met en rapport les modalités de celle-ci avec les hommes qui la composent.

 

II. L'homme contre l'homme

 

1) La guerre

 

La perte d'humanité est un problème sociétal : on commence à s'en inquiéter lorsque des individus ne se comportent plus de manière adéquate, c'est-à-dire lorsqu'ils ne respectent pas la définition commune de l'homme moderne, qui se veut un « animal social » (Aristote) avant tout. C'est la raison pour laquelle existe la Justice, qui s'aligne sur cette « humanité » afin d'en écarter les individus jugés inaptes ou inhumains. Or, le débat est ancien : et si c'était la société qui inhibait la nature humaine pour permettre la vie en communauté, et donc qui favorisait les actes « inhumains » ?

 


Cette question est d'autant plus pertinente que la ville, et plus généralement l'organisation contraignante d'une société, sont traditionnellement perçues comme terreau de la violence, du crime, de la débauche et de l'incivilité (beau paradoxe !). D'autre part, si la crainte de la perte d'humanité était vive aux époques difficiles et violentes, où il était capital de maintenir, pour la sécurité, une cohésion sociale, on est aussi en droit de se demander quelle est sa portée aujourd'hui : l'individualisme tant recherché depuis deux siècles coïncide de moins en moins avec l'exigence judéo-chrétienne du dévouement social permanent.

 


En art, la perte d'humanité devint un thème phare après le tournant des deux Guerres Mondiales. La confiance en l'homme fut perdue, et ce dernier constitue depuis lors un objet d'inquiétude. De très nombreuses œuvres, au lendemain de la guerre, offrent une image peu flatteuse de l'homme réduit à une bête, et les récits des horreurs de la guerre pullulent ; pour n'en citer qu'un : Si c'est un homme de Primo Lévi, où le titre, en plaçant le concept d'homme au conditionnel, annonce déjà la problématique de l'humain/inhumain. Plus largement, c'est même les questions de la création, de l'art et de leur fonction, qui se posent : la création artistique a-t-elle à voir avec l'imagination du génocide ? Comment, pourquoi tirer l'homme vers le haut avec l'art, s'il peut à tout moment retomber plus bas qu'un animal ? Quel est l'impact de l'humanisation par l'art ? Comment représenter une telle horreur, puis la surmonter ?... La pragmatique (= la dimension pratique et concrète) de la littérature est en crise.

 


La réponse des écrivains français est l'engagement. En littérature et en philosophie, des auteurs comme Sartre, Aragon, Camus, Malraux, Mauriac, Perec, etc., embrassent ou renforcent une activité politique revendicatrice. C'est l'âge d'or de la littérature engagée et de l'idéal de l'écrivain moderne, à la fois penseur et acteur. Les années 50, 60 et 70, qui ont assisté en direct à l'inhumanité la plus absolue, travaillent au redressement de l'homme. L'existentialisme, entre autres philosophies, cherche à réveiller en chacun la conscience de la responsabilité du choix : si nous décidons d'être ce que nous sommes, il faut en connaître les implications et en assumer les conséquences (Sartre, L'Existentialisme est un humanisme). Dès 1942, on trouve dans un roman comme Les Voyageurs de l'impériale d'Aragon une représentation de l'homme perdu, isolé dans un monde trop grand et trop confus, oscillant entre idéaux inapprochable et misère entretenue à tous les coins de rue. L'errance du personnage principal, Mercadier, est symbolique de celle de l'homme qui, plein d'espoirs déçus par sa bestialité profonde, ne sait plus en quoi croire ou s'investir.

 

2) L'homme amputé du sens

 

La crise éthique et morale des années 50 et 60, provoquée par le culte du libéralisme entraînant un individualisme brutal, et à sa suite une recrudescence de la violence (années 70 surtout), promeut un foisonnement d'œuvre portées par la réflexion sur le non-sens, sur la personne, sur la relation sociale et sur les failles de la vérité. Des auteurs comme Beckett et Ionesco, travaillant sur les thèmes de l'absurde et de la parole, entendent susciter des questionnements chez les gens - d'où la forme théâtrale, réunion communautaire et sociale par excellence.

 


La Cantatrice chauve, Les Chaises, Le Roi se meurt ou encore Rhinocéros d'Eugène Ionesco montrent l'homme perdant peu à peu son humanité car démuni face à la mort (Le Roi se meurt), tétanisé devant l'incontrôlable et le chaos (Les Chaises), incapable de communiquer ou de comprendre un sens (La Cantatrice chauve) ou emprisonné dans l'« esprit de système » (Rhinocéros)... au point de se transformer, littéralement, en animal. La perte d'humanité est ici déclinée selon un principe d'exclusivité : un trait de la nature humaine, ou une de ses failles, à la faveur d'une situation propice, finit par dominer entièrement l'être humain, qui n'est plus qu'une caricature de lui-même, muette, obsédée et inconsciente. En dehors de l'aspect comique de ces pièces, c'est un vrai souci, pensé gravement, qui se lit, au moment où la mondialisation naît et où l'Occident commence à devenir surpeuplé. Lorsque le monde commence à dépasser l'entendement de l'homme, celui-ci, comme dans ces pièces, se réfugie dans un tic et n'en sort plus.

 


Les pièces de Beckett, comme Oh les beaux jours, Fin de partie ou En attendant Godot, traitent les mêmes questions mais sur un mode plus cynique et ironique. Le rire naît plus souvent du malaise. Les personnages de Beckett, perdus dans un décor pourtant réduit et minimalistes, sont caractérisés par une difficulté à réagir aux situations et à construire un dialogue sensé. Incapable de recul ou d'intelligence, ils constatent surtout une chose : le néant absolu de l'existence, qu'ils ne parviennent pas à combler avec la parole - la seule chose qui fonctionne, c'est de recommencer encore et toujours la même chose, ce qui tombe bien puisqu'ils n'ont pas de mémoire.

 


Ainsi, Vladimir et Estragon, les deux personnages principaux de En attendant Godot, se rendent absolument tous les jours au même endroit, pour attendre un certain Godot, qu'ils ne connaissent pas et qui doit toujours venir le lendemain. La menace du vertige de l'infini, omniprésente chez Beckett, renvoie évidemment le lecteur ou le spectateur à l'existence que le système veut lui faire mener : chaque jour il se rend à l'école ou au travail, pour se retrouver, dès que survient un imprévu, totalement démuni, comme un automate sans programme adéquat. Sa seule solution, généralement, est de retrouver au plus tôt le moyen de reprendre ses habitudes. La répétition (symptôme de la Modernité : cf. en littérature, en art pictural et en musique classique contemporaine), pour finir, ne produit aucun sens - mais elle occupe. Or, sitôt que la répétition mécanique est amorcée, l'humanité, qui se vante depuis toujours d'être créative, n'existe plus.

 

III. D'un point de vue technologique

 

1) Le super-individualisme et l'anonymat

 

L'interrogation sur la perte d'humanité du citoyen moyen trouve depuis dix ou vingt ans un terrain exceptionnellement fertile. L'inondation médiatique, notamment, est en permanence accusée de favoriser l'individualisme, voire l'égotisme, à un point auparavant peu concevable. Séries télé, cinéma médiocre, star system, puis téléréalité, surinformation, matraquage publicitaire, ciblage commercial forcent l'isolement individuel, en faisant croire à chacun qu'il est absolument unique, inestimable et irremplaçable - le tout assaisonné d'un aspect « chacun pour soi » qui pousse à éliminer autrui à la première occasion. La sur-valorisation de soi a pour corollaire le mépris ou l'indifférence face à autrui, comportement antisocial qui écarte l'individu de l'humanité qu'on attend de lui.

 


En parallèle de ce système médiatique, le système gouvernemental démocratique, louable, n'est pas exempt de défauts. À une époque où les pays font face à une quasi surpopulation, le système tend à réduire les individus à des numéros anonymes, ce qui semble bien contradictoire avec l'idéal démocratique de la valeur individuelle et personnelle. C'est le sentiment qu'ont beaucoup de citoyens d'Occident, notamment face à la dématérialisation de l'appareil étatique : on s'adresse de plus en plus à un ordinateur, un serveur, un site, on manipule des identifiants, codes d'accès, chiffres en tous genres ; au point que beaucoup de jeunes ont énormément de difficulté à assumer un contact social traditionnel. Comme pour l'inquiétude technologique, ces constats et ces craintes sont véhiculés par les médias, qui en sont eux-mêmes un facteur.

 


La littérature, trop occupée à survivre, traite peu le sujet, et ne bénéficie pas (on comprend pourquoi) d'une communication médiatique satisfaisante. Dans les années 2000, seuls quelques écrivains sont parvenus à faire entendre une critique virulente de ces systèmes utopiques aux défauts bien réels. En France, on ne peut guère citer que Michel Houellebecq, dont les romans (Extension du domaine de la lutte, Les Particules élémentaires, La Possibilité d'une île, Plateforme...) peignent un tableau très cru de la déshumanisation profonde des deux dernières générations. Dans le même registre, aux États-Unis, des écrivains comme Henry Miller (années 60 à 80) et Brett Easton Ellis (contemporain) font figure de porte-étendards de la critique du consumérisme, de la démocratie irréfléchie et du capitalisme inhumain.

 

2) La mécanique et la cybernétique

 

Dès les débuts de la science-fiction, la peur primitive de l'homme d'être écrasé par une force supérieure se matérialise par le fantasme du robot. Frankenstein de Mary Shelley raconte cette peur : le Dr. Frankenstein, génial mais imprudent, crée un faux homme qui surpasse, en force, le vrai. Du coup, la création, hermétique aux sentiments moraux qui font l'exception humaine, montre un visage troublant, à la fois humain et bestial : l'image de l'homme libéré des contraintes traditionnelles de la vie en groupe. C'est également la problématique des films comme Terminator, où l'homme, créateur de son mal, doit reconnaître sa faiblesse et son imperfection - et en même temps tirer parti de ce que le robot, simulacre d'homme, n'a pas. Et c'est encore ce qui fascine dans les psychopathes et tueur en série : leur capacité à trouver une forme d'accomplissement en conflit total avec le modèle imposé par la société. En fait, le concept de monstre, au sens large, cache presque en permanence notre peur d'être réduit à moins qu'humain. Le monstre, en effet, est un homme raté, malformé, abîmé, tordu, pourri, bref, un homme qui a perdu quelque chose. Très à la mode, les zombies appartiennent à cette peur, et il n'est pas anodin qu'ils reviennent en force à l'heure où l'on critique la massification des comportements sociaux impersonnels...

 


Plus globalement, la technologie suscite des craintes récurrentes. D'une part, elle peut facilement être aussi dangereuse qu'elle est pratique : inutile de rappeler les désastres historiques comme Hiroshima ou Tchernobyl, ni les innombrables études qui listent les effets nocifs de tous les appareils que nous utilisons. D'autre part, cette technologie requiert parfois de notre part un comportement adapté, qui prend la forme d'une mécanisation troublante. Le meilleur exemple reste le film Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, où l'on voit les ouvriers d'une usine conserver, en sortant du travail, des mouvements répétitifs et cadencés comme ceux des machines avec lesquelles ils travaillent.

 


Dans un domaine plus précis et plus avancé, les avertissements des spécialistes, qui viennent renforcer les récits d'anticipation déjà bien connus, concernent la cybernétique. En effet, la cybernétique est le versant concret et physique de la perte d'humanité. La tentation de modifier mécaniquement l'être humain, à l'aide de prothèses, de nanopuces, etc., si elle se justifie systématiquement par le désir d'améliorer la vie des malades, des handicapés et des accidentés, oublie trop souvent le risque éthique de ces modifications. Ainsi, l'amélioration de la condition d'un individu peut entraîner une perte d'humanité, dans le sens où sa personne doit composer avec des parties étrangères et non-vivantes.

 


La science-fiction a largement réfléchi sur la question, et l'avenir de ces modifications, de plus en plus proches, pourrait poser sous une forme nouvelle la question d'une cohabitation entre hommes et « sur-hommes », dont les capacités seraient augmentées grâce à des prothèses. La saga I, Robot, d'Isaac Asimov, adaptée au cinéma, met en rapport l'homme et l'humanoïde.

 


On y assiste à un conflit progressif entre l'homme, détenteur de l'autorité, et l'humanoïde, en possession d'une grande puissance. L'avertissement caché derrière tout cela, bien sûr, attire notre attention sur l'intelligence artificielle, véritable simulacre d'humain. Citons également, dans un domaine qui commence à poser de vraies questions, le jeu « Deus Ex : Human Revolution », qui tourne autour des risques de l'augmentation humaine par prothèses et nanotechnologie, et de la tentation du pouvoir.

 

IV. Conclusion

 

En somme, la question du « comment éviter les situations qui nous font perdre notre humanité ? », au fil des réflexions, devient « comment composer avec notre inhumanité ? » En effet, l'idée d'« humanité » n'est qu'une vue partielle de la nature humaine, qui est d'abord celle d'un animal. La perte d'humanité, si tragiquement perçue, signifie pour d'autres le retour à une nature plus vraie et plus juste de l'homme. Ce qui n'est pas inconcevable, lorsqu'on se souvient que la société n'est possible que par l'inhibition des désirs et pulsions jugé(e)s néfastes (d'où la nécessité des lois). Ainsi, le problème est plus complexe qu'au premier abord : la perte d'une humanité empruntée ou jouée, dans un but social, peut redonner un sens à la vraie nature de l'homme ; tandis que l'amélioration de l'homme par le recours à la mécanique ou à la chirurgie implique une hybridité humain/humanoïde qui empêche d'atteindre la perfection. La perte peut être un gain, et l'amélioration une régression...

 

Plus généralement, le souci de la « perte d'humanité » cache celui de ce que nous ne considérons pas humain, par acquis culturel, en nous. Il s'agit en fait de savoir vivre avec la « bête » qui se trouve au fond de chacun - c'est toute la problématique de La Belle et la bête, ou du Dr. Jeckyll et Mr. Hyde. Ainsi, plus que le terme d'« humanité », c'est le concept de « perte » qui poserait vraiment problème.

Fin de l'extrait

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registre509
5 5 0
20/20

sisi jaime

par - le 22/04/2013

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