La Fable - Cours Français Bac Pro

La Fable - Cours Français Bac Pro

Fiche complète sur "la Fable" : chapitre du tronc commun de Bac Pro pour la matière Français.

La Fable - Cours Français Bac Pro

Le contenu du document

 

Elle vous permet de mieux comprendre les différentes formes de la fable mais aussi son histoire.

 

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La fable

 

I. Introduction

 

La fable, avant d’être une forme littéraire, fut une pratique sociale communautaire, destinée, comme le mythe, l’épopée antique ou la chanson de geste médiévale, à rassembler la communauté autour d’une éthique unique. Sa fonction d’enseignement s’applique en particulier au domaine moral, en décrivant la manière dont il convient de se comporter au sein ou à la tête d’un groupe. C’est pourquoi la moralité est une des caractéristiques fondamentales de la fable. Formellement, elle se présente comme un récit allégorique, adapté à une écoute par les enfants car susceptible d’être compris indirectement et inconsciemment.

 

La fable a aujourd’hui perdu de son pouvoir, parce que nous avons une perception matérialiste (et créationniste, pour les croyants) du monde : il faut se projeter dans le lointain passé des premiers âges de l’humanité, quand le monde était incompréhensible, pour retrouver la puissance de ces récits issus, disait-on, des dieux eux-mêmes. La fable est en quelque sorte, dans son essence, un texte de loi métaphorique et divin. Ce n’est que plus tard, et en Europe, avec sa mise en forme littéraire par Ésope puis La Fontaine surtout, qu’elle est devenue un genre littéraire divertissant et moralisateur.

 

 

II. Histoire

 

1. Des premiers âges à l’Antiquité

 

a. L’aube d’un genre

 

La fable est sans doute la toute première « forme littéraire », puisque son apparition remonte à des âges indéterminés. Si la fable en tant que genre littéraire est récente (Antiquité), la fable comme pratique sociale est aussi vieille que le langage. De plus, elle appartient à toutes les cultures, ce qui en fait – à la différence de l’épopée – un art universellement et fondamentalement humain. Elle reste sans doute, par ailleurs, la pratique littéraire la plus répandue dans le monde, car elle est encore très vivante dans les cultures religieuses et proches de la nature, en Afrique, en Chine rurale, en Amérique du Sud et en Orient en particulier, où la fable se transmet oralement de génération en génération.

 

En revanche, la pratique de la fable s’est rapidement transformée puis amenuisée dans les cultures où est née la philosophie, c’est-à-dire surtout en Europe, aidée de l’écriture. La philosophie, qui a progressivement développé une perception physique (c’est-à-dire matérialiste) du monde, et l’écriture, qui a permis de prendre de la distance vis-à-vis du récit, ont diminué sa force. Est apparue dans cette période l’habitude de proposer une morale explicite, précisément parce que la manière de penser devenait rationnelle, et non plus métaphorique.

 

b. En Europe

 

On attribue au poète grec Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.) la première fable (au sens moderne) connue, Le Rossignol et l’Épervier, une fable sur la justice.

 

Mais la fable se constitue comme genre littéraire avec l’esclave affranchi grec Ésope (entre les VIIe et VIe siècles avant J.-C.), qui entreprend de compiler par écrit, et sous une forme fixe qui lui est propre, les fables de sa connaissance. De fait, les Anciens distinguaient la fable ésopique, rédigée en prose et mettant en scène des animaux ou des objets, et les fables orales aux formes non fixées. Le succès d’Ésope donna naissance à de très nombreuses éditions de son recueil, dont la dernière conservée, datant du Ier siècle, compte plus de 500 fables. Le Corbeau et le Renard, Le Lièvre et la Tortue, par exemple, s’y trouvaient déjà. Il est probable que le nom d’Ésope servit même à rassembler sous une appellation unique des fables diverses ayant des caractéristiques communes : ce qui consacre la naissance du genre littéraire en tant que tel.

 

C’est ensuite le romain Phèdre, esclave affranchi lui aussi, qui rédigea six livres de fables. Il en reprend une moitié à Ésope, et invente l’autre moitié : au total, il compose 126 fables en vers, et fait ainsi de la fable un genre poétique à part entière. À sa suite, plusieurs auteurs latins rédigent des recueils : c’est ainsi que la matière et la vogue se transmettent au Moyen-âge.

 

c. En Orient

 

La fable connut un succès comparable en Inde, avec le recueil Pañchatantra. Rédigé en sanskrit par un brahmane du nom de Pilpay dans le but d’enseigner la sagesse aux princes (sa date de rédaction est vague, entre -600 et -300), il est traduit en moyen-persan au VIe siècle, puis de là en arabe au VIIIe siècle, et de là encore en turc, en éthiopien, en grec (XIe siècle), en hébreu (XIIIe siècle), en espagnol (XIIIe siècle), en latin (XIIIe siècle), puis en français (1644 et 1666). Ce pèlerinage remarquable témoigne de l’intérêt porté à ce recueil considéré comme un ouvrage phare de la sagesse ; ce qui peut surprendre le lecteur moderne, habitué à associer sagesse et philosophie. La Fontaine s’inspirera directement des deux traductions françaises (pour La Laitière et le pot au lait, entre autres).

 

 

2. Moyen-âge et modernité

 

a. Moyen-âge et Renaissance

 

La fable se répand au Moyen-âge par les recueils qu’on appelle alors « Ysopets » (déformation d’« Ésope »), où la qualité littéraire est délaissée au profit des moralités, plus importante en ces temps violents : on parle alors plutôt de fabliaux, souvent joués sur scène. Les poètes de la Renaissance, eux, ne se montrent guère intéressés par la fable : on en trouve sporadiquement, mais elles n’ont pas de réelle importance. On doit les recueils du temps à des écrivains généralement très peu connus.

 

En France, Bonaventure des Périers (Les Nouvelles Recréations et Joyeux Devis), Marguerite de Navarre (Heptaméron) et Noël Du Faïl (Contes et Discours d’Eutrapel), amateurs de la tradition populaire, en reprennent certaines dans leurs œuvres ; tandis que des recueils, soit de traduction soit d’invention, fleurissent en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, en Italie. La Fontaine s’inspirera de plusieurs de ces recueils. Le retour à la langue grecque permet de retrouver Esope dans le texte, sans se contenter des multiples adaptations et transpositions successives.

 

b. Le XVIIe siècle et La Fontaine

 

La fable revient à la mode au XVIIe siècle. De plus, le développement de l’éducation et l’enseignement des langues à l’école (français, latin et grec) offrent un contexte favorable à ces récits moraux et imagés. La Fontaine, s’inspirant des fables de tous horizons, publie à son tour ses recueils (premier recueil en 1668, puis deux autres en 1678 et 1694). Son travail de la forme, plus poussé que nul autre auteur, lui permet d’associer à l’intelligence des récits une perfection de la forme et de la langue, qui constituent encore aujourd’hui une référence aussi bien nationale qu’internationale. Il a ainsi rapidement remplacé tous les autres fabulistes dans les écoles.

 

c. Postérité

 

Il convient de mentionner, comme dernier fabuliste d’importance, Florian (1755-1794) ; bien que sa qualité soit encore masquée par la popularité de La Fontaine. Son recueil, d’une centaine de fables, actualise le genre en lui assignant pour fonction de vulgariser les idées philosophiques des Lumières. Ses moralités plus nettes sont plus adaptées aux enfants que bien des fables assez ambiguës de La Fontaine ; toutefois, l’enseignement moral, conforme aux soucis de l’époque, vise avant tout les gouvernements. Certaines de ses morales sont devenues des proverbes, tel le célèbre « pour vivre heureux, vivons cachés » – ce qui mérite d’être rappelé.

 

En outre, si de très nombreux auteurs ou hommes d’éducation se sont essayés à la fable (les philosophes des Lumières, comme Diderot, mais aussi magistrats, curés, etc., jusqu’à Napoléon), ces productions ou ces auteurs sont tombés dans l’oubli. Le genre n’est guère pratiqué, au XXe siècle, que par des auteurs mineurs, ou sous forme de parodie. Citons toutefois Jean Anouilh, dont le recueil de 43 fables (1961) connaît un vrai succès.

 


 

 

III. Les formes de la fable

 

On peut distinguer deux catégories de fables : la fable orale et la fable « traditionnelle ».

 

 

1. La fable orale

 

En tant que pratique orale, la fable n’est pas encore fixée. Dans les détails, elle diffère selon les cultures, les religions, les histoires ; dans son fonctionnement, elle repose toujours sur un récit narratif allégorique, comme l’indique la création postérieure de son nom : fabula, en latin, signifie « récit imaginaire ».

 

Ses personnages sont des animaux ou des figures mythiques. L’homme vit d’abord au sein d’un groupe et ne se pense pas encore comme individu unique et autonome : il transfert donc aux animaux ou aux créatures mythiques une personnalité propre. De plus, ces récits, dont l’origine n’est jamais individuelle ni connue, sont dits transmis par des dieux craints et incompris : ils ne peuvent donc contenir des intervenants humains.

 

Enfin, il s’agit aussi, probablement, d’un moyen instinctif de contourner l’apparence moralisatrice d’un commandement : en racontant l’histoire d’un autre, la fable est reçue sans méfiance par les jeunes esprits. Ce procédé rhétorique est constant et enrichi jusqu’à aujourd’hui, au point de constituer progressivement la justification principale de la fable moderne. La fable, avant l’Antiquité, servait à la fois d’enseignement, de texte de loi, de texte sacré et de philosophie.

 

 

2. La fable « traditionnelle »

 

Ce que nous appelons « fable traditionnelle », en songeant à La Fontaine ou à Ésope, est en réalité la fable moderne, car littéraire. La qualité littéraire côtoie la fonction sociale. Il existe de multiples nuances de la fable : nous nous en tiendrons à la forme la plus répandue.

 

La fable est écrite, rédigée en prose (Ésope) ou en vers (La Fontaine), brève et de forme narrative. Elle repose très souvent sur le procédé de l’allégorie (métaphore étendue à tout un récit), qui, mis en relation avec une moralité formulée en termes abstraits, permet de juxtaposer un sens profond à ce qui ne semble, à première lecture, qu’une anecdote.

Le récit est constitué d’une seule action, d’une anecdote à valeur singulière ; il est vivant, souvent entrecoupé de dialogues au style direct ou indirect ; il est presque toujours précédé ou suivi (prologue ou épilogue) d’une moralité explicite, en termes théoriques, qui est un enseignement précis ou général, toujours à valeur universelle.

 

Le récit met en scène des animaux ou des objets, parfois des hommes interagissant avec des animaux (dans certaines fables de La Fontaine, par exemple) ; les caractères sont assez contrastés, pour une facilité de compréhension. Les hommes représentent plutôt des types ou des catégories sociales (le seigneur, le marchand, le paysan, ...), les animaux symbolisent davantage des caractères et des comportements (l’avidité, la peur, la jalousie, l’imprudence).

 

Les sujets traités sont extrêmement variés, et peuvent concerner aussi bien la nature humaine dans sa vastitude que des événements historiques ou politiques précis.

 

Son schéma narratif repose sur une opposition très nette entre deux personnages (ou caractères, ou types) très différents, généralement annoncés dans le titre. Parfois, un troisième personnage (rarement plus) intervient pour dénouer la situation. De cette opposition résultent plusieurs schémas actanciels, toujours très simples : le renversement s’opère d’un personnage sur l’autre, ou en faveur du troisième, ou s’opère inversement sur les deux personnages, se fait au milieu du récit ou seulement à la chute, à la faveur d’une omission initiale. Exemple : la situation favorable du personnage A n’est pas donnée, mais on assiste au renversement de B, et finalement on apprend que A était déjà « vainqueur » : c’est le schéma narratif de La Cigale et la Fourmi. Ainsi, la fable n’est pas toujours aussi évidente que le conte : l’opposition marquée dès le titre de la fable (« la Cigale et la Fourmi ») ne montre aucune faveur, tandis que le conte, en mettant en avant le bon héros (« le Petit Poucet »), annonce d’emblée un schéma narratif sans la moindre ambiguïté.

 

La moralité, bien que courte, constitue le vrai centre de la fable, au point qu’on considère aujourd’hui qu’il y a d’abord une moralité, puis une fable qui l’illustre. Cette visée didactique participe du succès populaire de la fable, car son illustration permet de retenir facilement cette moralité. En ce sens, la fable respecte scrupuleusement l’antique précepte rhétorique du placere et docere (« divertir et instruire », Horace), en vogue jusqu’au XVIIIe siècle. Cependant, la moralité est problématique, puisqu’à l’enseignement d’une vertu, commandée par la superstition ou la religion, s’est substitué l’enseignement de « règles de survie » dans la société, ou plus généralement face aux pièges de l’existence. La moralité comme mise en garde, telle qu’on la trouve chez La Fontaine, risque de n’avoir rien de moral : d’où le problème de son appellation.

 

Lorsqu’elle est composée en vers, la fable devient un quasi poème. La Fontaine est d’abord reconnu pour avoir élevé la fable au rang de la poésie : c’est d’abord son travail sur la langue française qui justifie ses éloges (puisqu’il a surtout amélioré la matière d’autres auteurs).

 

 

3. La fable dans la rhétorique

 

Il faut faire attention à ne pas confondre la fable avec d’autres formes stylistiquement proches. Parmi les différentes formes du discours rhétorique, la fable appartient au genre de l’apologue. L’apologue est un discours narratif démonstratif et allégorique, à visée argumentative et didactique, rédigé en vers ou en prose, et dont on tire une moralité. La fable, on le voit, est très proche de la définition de l’apologue ; toutefois, sa particularité est d’être très peu démonstrative et d’expliciter la moralité. Parmi les autres déclinaisons de l’apologue, on trouve le conte, l’utopie (représentation d’une réalité idéale et sans défaut) et la parabole (courte histoire qui reprend des événements quotidiens pour en tirer un enseignement relatif à un autre domaine).

 

 

 

Il est facile de confondre la fable avec le conte. Les différences principales résident dans la moralité (implicite dans le conte) et dans la structure narrative : la fable compte un renversement (ou un double-renversement), tandis que le conte part d’une situation initiale, passe par un élément perturbateur, des péripéties, une résolution, avant d’accéder à une situation finale, proche de la situation initiale. En outre, le contexte n’a qu’un héros et aucune ambiguïté.

 

 

IV. Les fonctions de la fable

 

Elles sont simples et peu nombreuses. La fable orale a une vocation éthique, c’est-à-dire qu’elle entend enseigner à chacun, petit ou grand, la conduite à adopter face à la vie et en particulier au sein du groupe, de la communauté. À ce titre, elle enseigne une vertu héritée directement des dieux ou d’une tradition immémoriale.

 

La fable écrite, moderne, a une fonction plus ouvertement sociale. Elle a toujours pour but d’éduquer, mais l’enseignement diffère : il tient davantage de la prudence, de la méfiance, du bon sens, de l’intelligence des relations humaines ou de ses propres faiblesses. Par extension, la fable permet facilement la critique des hommes, de la société et des gouvernements ; dans cette optique, l’allégorie permet d’esquiver sans le moindre problème la censure, puisque les animaux peuvent tout se permettre. Toutefois, elle n’entre pas dans le cadre de la polémique ou de la revendication.

 

Enfin, elle est une manière de divertissement à la fois populaire et savant (chez La Fontaine surtout, qui conjugue remarquablement les deux). Sous couvert d’une histoire qui séduit les enfants, le fabuliste s’autorise fréquemment des sous-entendus plus adultes destinés à une lecture connivente avec ses pairs – dans un salon littéraire, par exemple ; tout comme les contes de Perrault s’adressaient d’abord aux adultes, puis aux enfants.

 

 

V. Conclusion

 

La fable est un genre majeur, sans doute, d’un point de vue pratique, le plus important. Cependant, la perception actuelle a tendance à minimiser la prépondérance de cette pratique qui a donné naissance à l’épopée, qui a donnée elle-même le jour à toute la littérature européenne, et partout ailleurs à la poésie. Loin de se résumer au grand La Fontaine, la fable embrasse deux traditions très vastes et plus différentes qu’on ne pense. La fable orale, toujours actuelle et prépondérante, touche à la philosophie, à la religion, à la justice, aussi bien qu’à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie. Finalement, la fable moderne, que nous connaissons tous, est la plus réduite. Bien que sa production écrite soit vaste et son succès permanent, elle souffre peut-être de ses limites formelles un peu rigides. Le mieux, pour faire ressortir la richesse de ce genre littéraire, est d’appuyer sur son lointain héritage et sur sa proximité avec le conte.

 

 

Ce cours français bac pro est au programme de première, il est important de le connaître pour l'épreuve anticipée !

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Les avis sur ce document

stive
5 5 0
20/20

Merci beaucoup pour ce cours Car ce cours est très bien structuré et me permet de bien plus comprendre se que je dois apprendre et sa m'aide beaucoup qu'avant

par - le 09/06/2014
MorganH
5 5 0
20/20

Merci Beaucoup pour ce cours ! Notre classe avait du retard sur le programme et ça nous a permis d'avoir un autre support pour réviser !

par - le 30/01/2014

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