Dénonciations de l'injustice - Cours Français Bac Pro

Dénonciations de l'injustice - Cours Français Bac Pro

Bac-pro.net vous propose de vous donner une fiche de Français complète sur le chapitre "Dénonciations de l'injustice".

Dénonciations de l'injustice - Cours Français Bac Pro

Le contenu du document

 

Ainsi, vous pourrez télécharger gratuitement ce chapitre de français commun à tous les élèves de Bac Pro.

 

 

Dénonciations de l’injustice

 

I. Introduction

 

La littérature, en tant que moyen de répandre une idée ou une opinion, a toujours rempli un rôle social. Ce rôle s’est accru avec l’alphabétisation des classes populaires, qui a permis la diffusion des idées à grande échelle. Ainsi, la fin du Moyen-âge voit croître l’expression de revendications au moyens d’écrits, en même temps que naît et commence à se formuler l’idée de l’individualisme, donc de droit, donc d’injustice personnelle. Pour autant, la part de la littérature et de l’art en général dans les changements politiques est difficile à cerner. L’influence de la littérature, par la diffusion d’idées, de théories, de modèles et de références culturelles est propre à se diluer en tout un chacun et à évoluer dans de multiples directions, ce qui la rend malaisée à mesurer. On peut toutefois affirmer le pouvoir initiateur de certaines œuvres, qui ont grandement favorisé une prise de conscience, quitte à ce que le changement n’intervienne que beaucoup plus tard. Ponctuellement engagée dans un combat politico-social, la littérature reste un médium artistique qui considère un point de vue souvent plus large, dont l’application est loin d’être aussi claire qu’avec un texte de loi, par exemple.

 

La dénonciation d’une injustice par une œuvre littéraire peut prendre bien des formes et des proportions. Nous retiendrons ici les formes les plus courantes, ainsi que les dénonciations dans les grandes proportions (pas un paragraphe isolé, mais une majeure partie de l’œuvre).

 

II. Le pamphlet

 

Le pamphlet peut désigner deux choses : soit une sorte de tract revendicateur, soit tout texte à visée contestataire (fiction, poésie, etc.). Nous parlerons ici du tract. Dans ce sens, le pamphlet est un texte sans prétention littéraire ou artistique, mais uniquement tourné vers la contestation d’un fait – généralement, le pouvoir en place. Il est bref, virulent et explosif. Refusant tout débat, le pamphlet affirme qu’il énonce la vérité et cherche à faire éclater l’évidence aux yeux du lecteur : la nuance est rare et l’usage de l’hyperbole quasi systématique. Souvent catastrophiste, le pamphlet ne s’embarrasse pas de démonstrations ou de preuves : son message doit être pris comme tel et suivi d’une action « coup de poing ». Très utilisé du mi-XIXe au mi-XXe siècles, le pamphlet s’est distingué dès François Ier avec la fameuse « affaire des placards » en 1534 (les placards étant des pamphlets placardés sur les portes, jusqu’à celle de la chambre de François Ier lui-même), pour revendiquer le droit au Protestantisme.

 

III. La satire

 

Aussi revendicatrice mais moins radicale dans son procédé, la satire s’en prend également à une personne ou à une institution, mais cherche à provoquer le rire par la moquerie. La satire peut être légère, ou au contraire extrêmement virulente et blessante. L’objectif étant, toujours, de renverser l’opinion de l’auditeur en faveur de la cause défendue. Pour les besoins de la mise en scène et du ressort comique, la satire choisit un trait qu’elle grossit : le décalage, bien sûr énorme, entre le fait choisi et la réalité provoque l’étonnement, le rire et l’indignation. Méprisante, la satire emploie divers procédés destinés à faire jaillir l’inattendu, l’absurde et le scandale d’une situation : diminution vers le ridicule, exagération (caricature), juxtaposition d’éléments d’importance inégale, parodie, etc. L’étymologie de « satire », satura, « pot-pourri » en latin, souligne la souplesse formelle de ce genre, qui peut être une parodie d’à peu près n’importe quoi ou intégrer des éléments hétérogènes sans souci de cohérence. La satire est pratiquée depuis l’Antiquité (Horace et Juvénal sont parmi les satiristes les plus connus) jusqu’à nos jours (par les humoristes satiristes : Laurent Gerra, Bernard Mabille, etc.), en passant par la Renaissance (Erasme, Rabelais) et le Classicisme (La Fontaine, Molière).

 

IV. Le texte philosophique

 

Quelle que soit sa forme, le texte philosophique traitant de la politique ou de la société ne saurait cacher une accointance avec la dénonciation. En effet, affirmer ou proposer un ordre rationnel ou une théorie du droit, c’est indirectement signifier que l’ordre en place est incomplet, erroné, injuste. Le texte philosophique peut à l’occasion se faire plus acerbe et assertif, notamment à travers des essais explicitement engagés : De l’Esprit des lois de Montesquieu, Le Contrat Social de Rousseau. Le XVIIIe siècle fut particulièrement fécond en philosophique revendicatrice, au moment où la monarchie, en crise, devait transiter vers l’État de droit et la démocratie : ce fut un des principaux combats des Lumières. L’abolition de l’esclavage fut un autre combat auquel prirent part les philosophes : Traité sur la tolérance de Voltaire, Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot, etc. Généralement rédigé sous forme d’un essai (pour une diffusion plus facile), le texte philosophique peut également prendre la forme d’une fiction : faux récit de voyage (Supplément au Voyage de Bougainville), conte philosophique (Candide), récit (La Religieuse), etc.

 

V. La fiction

 

Il serait impossible de faire un tableau de toutes les manifestations d’une revendication dans la littérature fictionnelle : on y passerait une vie. Nous nous en tiendrons aux causes, auteurs et œuvres qui ont véritablement marqué la littérature contestataire à travers l’Histoire.

 

1. Le roman

Le roman est une forme si souple qu’elle peut, sans problème, adopter une cause. Très souvent, un chapitre ou un paragraphe est l’occasion de placer une critique ponctuelle. Parfois, le roman dans son ensemble devient le support et l’outil d’une revendication plus ferme ; mais cette ambition est presque toujours le gage d’une œuvre médiocre : les « romans à thèse » dirigés vers une démonstration austère, contestable et mécontente n’ont guère retenu l’attention de l’Histoire. En tablant sur l’émotion, le roman contestataire a nettement plus de force. Les œuvres d’Hugo (Les Misérables, Le Dernier jour d’un condamné, Quatre-vingt-treize...) et de Zola (La Bête humaine, Germinal, La Terre...), pour la cause des petites gens et des misérables écrasés par le système, ont eu une influence extrêmement profonde. On peut citer également Camus (L’Étranger), sur l’abolition de la peine de mort, Aragon en général pour la défense du communisme, Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit) sur l’horreur de la guerre ; et bien d’autres...

 

2. Le théâtre

 

Le théâtre est moins facilement « engagé » : sa configuration scénique et sa tradition divertissante ne prêtent pas, de manière évidente, à la revendication ou à la dénonciation. Néanmoins, l’espace de la scène est un espace de liberté et d’expression du peuple que les autorités ont souvent, depuis l’Antiquité, cherché à bâillonner, précisément parce que la parole, au théâtre, est libre. Les formes de la dénonciation sont surtout satiriques (les pièces de Molière, pour ne citer que les plus représentatives). Le Moyen-âge déjà ridiculisait les seigneurs et les aristocrates, en prenant parti pour les pauvres gens ; à la Renaissance, la satire théâtrale est nettement favorable au Protestantisme, à la critique de l’Église et à la liberté de croyance. Souvent empêchés, les acteurs mènent des vies difficiles – les dramaturges sont parfois brûlés pour leur audace (Louis Berquin, dès 1529, pour la Farce des théologastres qui moque les théologiens et moines gras, oisifs et inutiles). Au XVIIIe siècle, le théâtre conserve cette verve comique et passablement moqueuse, en s’accommodant de la tolérance des rois, mais la revendication est bien moins ferme. Au siècle suivant, le succès du vaudeville ou de la comédie bourgeoise diluent la force revendicatrice du théâtre, et il faut attendre le XXe siècle avec quelques pièces politiques (Les Mains sales, de Sartre, Caligula, de Camus) pour retrouver cette force. Cette difficulté du théâtre à crier à l’injustice est d’autant plus étonnante que par nature et par tradition, le théâtre est l’art populaire par excellence.

 

3. La poésie

 

Là encore, la poésie vraiment revendicatrice est marginale. Mais c’est plus compréhensible, car la poésie, par définition, est étrangère aux questions politiques ou sociales, puisque son objet est avant tout l’émotion et la perception du monde. Néanmoins, les grands auteurs qui s’y sont essayé ont nettement dépassé le simple stade de la revendication pour proposer des œuvres littérairement et esthétiquement marquantes. En outre, nombre d’œuvres composées dans des temps de trouble prennent un tour revendicateur, empreinte de la confusion de l’époque – sans compter que personne n’est totalement étranger à son temps. La difficulté réside ici dans la concordance entre l’exigence d’universalité de la poésie et la « circonstancialité » de la cause défendue, souvent appuyée par un témoignage personnel. Ces limites réduisent fréquemment la poésie revendicatrice à une œuvre revendicatrice sous forme poétique. Pensons, à la Renaissance, à Agrippa d’Aubigné (Les Tragiques, très long et très violent poème dédié à la cause protestante) et à Ronsard (Discours sur les misères de ce temps, consacré à la cause catholique) ; à La Légende des Siècles de Hugo, immense poème de l’Histoire et du salut qui dénonce tour à tour tous les abus de la civilisation et des régimes modernes, ou aux Châtiments, qui critiquent régulièrement « Napoléon-le-petit » ; aux interrogations de Vigny et de Lamartine sur le rôle social et politique du poète ; aux Surréalistes qui ont largement dénoncé la Seconde Guerre Mondiale (René Char, Robert Desnos et Paul Éluard en particulier) ; sans oublier un grand nombre de poètes mineurs qui ont dénoncé des totalitarismes ou l’esclavage des Noirs au cours du XXe siècle.

 

VI. Conclusion

 

La dénonciation des injustices par la littérature rejoint la question du rôle et de l’utilité sociales de l’écrivain. Quelle est sa place ? Doit-il guider ? Rester à l’écart ? Tous les écrivains, ou presque, se sont interrogés sur ce sujet. Si l’engagement est souvent risqué, à la Renaissance comme au XXe siècle (il n’est pas rare, dans les régimes totalitaires actuels, qu’un écrivain soit emprisonné), il est toutefois bruyant et influent. L’alphabétisation des classes populaires a permis de renforcer considérablement les revendications, en donnant aux auteurs une force sociale et aux persécutés une légitimité intellectuelle et les mots pour s’exprimer. Culminant au XIXe siècle, le prototype de l’écrivain engagé, à l’image de Hugo, se multiplie : Zola, Lamartine, Hugo, et plus tard Malraux, Sartre, Camus, Gide et bien d’autres, moins connus ou journalistes, occupèrent des fonctions politiques et/ou combattaient activement par le biais de pamphlets, d’essais, de journaux (Zola réagissant à l’affaire Dreyfus dans son article « J’accuse ») – voire sur le terrain, comme René Char ou Lord Byron, poète anglais mort à Missolonghi, en Grèce, dans la guerre contre l’Empire ottoman. 

 

 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac pro le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Chaque semaine recevez des conseils de révisions de la part de votre
coach bac !

Recevoir

Nos infos récentes du Bac Pro

Communauté au top !

Révise ton BAC
Contenus en illimité

Inscription gratuite

Accès gratuit pour préparer le bac !

Vous devez être membre de digiSchool bac Pro

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?