Le Dialogue - Fiche Français Bac Pro

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Fiche complète de français au Bac Pro sur "Le Dialogue".

 

Cette fiche de français vous sera d'une grande aide lorsque vous réviserez pour l'épreuve de français au Bac Pro.

 

Le Dialogue

 

I. Introduction

 

Le « dialogue » (du grec dia, « à travers » et logos, « parole ») désigne trois choses : au sein de la littérature et de la philosophie, il désigne une forme particulière de composition littéraire caractérisée par la prédominance ou l’exclusivité, dans le texte, de la communication verbale entre plusieurs interlocuteurs. Au sein d’une œuvre de n’importe quel genre, il désigne soit une disposition du texte en répliques réparties entre différents locuteurs, soit l’échange lui-même. Utilisé communément pour rendre un texte « plus vivant », et il également capable de développer de manière originale une pensée. Son succès en tant que genre littéraire, depuis son apparition dans l’Antiquité, est surtout marqué dans le domaine théorique. En littérature au sens strict, il ne remplace jamais tout à fait le récit narratif. Nous ne parlerons pas ici du dialogue dramatique, qui est celui du théâtre : il n’est pas problématique.

 

II. Le dialogue comme procédé narratif

 

1) Les caractéristiques formelles

 

Un dialogue est un échange communicationnel (pas nécessairement verbal) entre deux personnages. Quand il est oral, il est composé de répliques, formulées par des locuteurs. Il comprend au moins deux locuteurs, alternativement émetteur et récepteur, ou locuteur et interlocuteur. Les « dit-il », « répondit-il », etc., qu’on trouve derrière ou parfois devant les répliques s’appellent des propositions incises (elles pratiquent une sorte d’incision narrative dans la continuité du dialogue). Typographiquement, le dialogue est ouvert et fermé par des guillemets, et chaque changement de locuteur est marqué par un retour à la ligne suivi d’un tiret long (bien sûr, cette convention a souvent évolué au cours de l’Histoire).

 

Le dialogue est une forme mimétique de la réalité, donc vive et familière. Son dynamisme en fait une forme naturellement facile à appréhender et habile à enseigner. À l’inverse des textes théoriques, qui exigent un effort de concentration, le dialogue est très souvent employé à destination des enfants (contes, fables, histoires en tous genres). De plus, le fait que le texte mette en rapport les personnages et ne semble pas s’adresser directement au lecteur peut, dans le cas des dialogues philosophiques surtout, éviter un aspect didactique rébarbatif.

 

Outre son agrément, le dialogue recèle des fonctions narratives intéressantes : il est fréquent d’en faire un contrepoids à la fois thématique, stylistique et diégétique (= relatif à la trame) face à la pure narration ou à la description. Le dialogue peut venir couper une longue narration, comme une pause plus légère ; il peut au contraire être l’aboutissement spectaculaire et dramatique d’une progression narrative ; il peut avoir une fonction comique en formant un contraste inattendu avec la narration ; inversement, à un très long dialogue peut succéder un passage narratif bizarrement distant et froid, pour minimiser ou exacerber négativement une action ; etc.

 

Le dialogue peut prendre bien des formes et des styles en fonction du type de texte où il se trouve. La forme dialogale est à l’image du dialogue lui-même : elle est très libre. Le dialogue peut compter trois ou quatre répliques, ou occuper l’œuvre entière ; il peut concerner deux personnages ou une multitude infinie (on parle alors de polyphonie, « à plusieurs voix ») ; il peut être rigoureux (dialogue philosophique) ou au contraire vif, allusif et complice ; il peut être idéalisé et clair, ou réaliste, argotique, inaccessible au non-initié, ... ; on peut même y inclure le lecteur, soit en créant un avatar du lecteur dans le texte, soit en s’adressant directement à lui (comme dans La Modification de Michel Butor, où le narrateur ne dit pas « il » ni « je », mais « vous »), sachant que dans ce dernier cas, on n’a pas de réponse textuelle.

 

C’est souvent un espace de liberté uniquement soumis à la « réalité » de l’histoire. En effet, si la forme narrative doit souvent obéir à des conventions de lisibilité (langage, expressions, clarté, etc.), le dialogue n’est que la transcription prétendue fidèle de ce que disent les personnages : du coup, on peut y lire des fautes, des obscurités non expliquées, de l’argot incompréhensible, une transcription phonétique reproduisant les accents, voire une langue étrangère non traduite. En quelque sorte, le dialogue est affirmé comme véridique (« je suis l’auteur, mais ce n’est pas moi qui dit cela ») et totalement libre, quitte à n’être pas compris.

 

2) Évolution de la pratique

 

On connaît tous de nombreux exemples de dialogues disposés dans des récits. La majorité des fables de La Fontaine, par exemple, comporte des dialogues, voire n’est qu’un long dialogue. La popularité de ce procédé naît et grandit avec la vulgarisation (vulgaire = commun, banal) des centres d’intérêt de la littérature. Les genres littéraires et textes pré-antiques, en effet, ne comportent pas à proprement parler de dialogues : les mythes et légendes se contentent de décrire ou d’expliquer, en instaurant une distance à la fois fascinante, menaçante et respectueuse ; autre exemple, la Bible ne comporte pas de dialogue narratif : les citations au discours direct ne cherchent qu’à mettre en avant les mots mêmes d’un prophète, d’un roi, etc., sans les modifier, pour souligner leur valeur. Le dialogue devient un procédé récurrent lorsque l’homme commence à se poser méthodiquement des questions (Socrate, Platon) ou lorsqu’il cherche à se moquer radicalement des autorités traditionnelles (voir les Dialogues de Lucien de Samosate : sa mise en scène des dieux mythologiques montre bien l’évolution entre le mythe et le dialogue littéraire).

C’est donc dans l’Antiquité, avec le philosophe Platon notamment, que le dialogue écrit (il est bien sûr habituel au théâtre), devient un outil de réflexion. Ainsi apparaît la caractéristique fondamentale du procédé dialogal : il est dialectique, c’est-à-dire qu’il permet et favorise une progression (narrative ou théorique) par étapes, sans laquelle on ne saurait parler de dialogue. Si deux personnages s’insultent ou alignent des arguments sans s’écouter ni réagir à ceux d’autrui, il n’y a pas de communication (« mise en commun » d’une information) mais querelle (« dialogue de sourds »). Cette progression peut être difficile, entravée, minime ou rétrograde, en tous cas elle est toujours dynamique. « Dialectique » signifie ici que chaque nouvelle information, chaque réaction, chaque réplique est un pas en avant vers la résolution du dialogue, chaque étape en entraînant une autre, différente.

 

Quasi inexistant au Moyen-âge, sauf par convention et vague imitation des dialogues antiques, le dialogue réapparaît bruyamment aux XVIIe et XVIIIe siècles, où la mode des salons et l’art de la conversation mondaine imprègnent fortement la vie littéraire, philosophique et scientifique. Les auteurs grecs antiques, négligés au Moyen-âge, sont déterrés et fournissent les modèles d’innombrables dialogues. Le goût des discussions dans les salons, clubs, académies et cafés suscite l’imitation de cette pratique dans la littérature plaisante comme théorique : le siècle des Lumières voit ainsi fleurir des dialogues philosophiques, des essais sous forme de dialogue, mais assiste surtout à une imprégnation de plus en plus importante du dialogue dans les œuvres narratives. Au Classicisme, plus rigoureux et perfectionniste, succède dans les textes une sorte de joyeuse confusion mimétique de la vie mondaine.

 

Naît également la mode des « entretiens », courts textes dialogués à visée argumentative, qui ne traitent qu’une question partielle ou secondaire, mais dans un style enlevé et jamais pédant (par exemple, Pour une morale de l’athéisme de Diderot). Cet esprit de partage des idées permet d’ouvrir la réflexion à la critique et de contourner, à l’occasion, la censure. Avec l’avènement des théories d’explication sociale à grande échelle (Freud, Marx, Comte, etc.), le dialogue devient trop réducteur : la narration, plus globale, prend de l’ampleur (La Comédie humaine de Balzac et les Rougon-Macquart de Zola, fresques sociales gigantesques) et rend au dialogue sa fonction textuelle originelle.

 

 

III. Le dialogue, genre littéraire et (surtout) philosophique

 

1) Le dialogue comme mode de penser

 

La forme du dialogue, ouverte et souple, le prédispose autant à la réflexion que le traité austère et rigoureux. C’est ainsi qu’elle séduisit le jeune Platon, qui passa maître dans l’art du dialogue philosophique, dont ses œuvres sont toujours un modèle réputé indépassable. Platon lui-même tire principalement son traitement du dialogue de la méthode herméneutique (= qui cherche à connaître, à découvrir) pratiquée par Socrate, qu’on appelle la maïeutique (d’un terme grec signifiant « accouchement ») : celle-ci consiste à poser de multiples questions à un interlocuteur obtus dans le but de l’amener dans une impasse, de le laisser se contredire, bref, de lui prouver sa propre ignorance tout en l’amenant progressivement à plus de rigueur et de savoir. Particulièrement fécond au siècle des Lumières, le dialogue recule au XIXe siècle devant le succès des méthodes scientifiques. Le dialogue, trop libre et pas assez encadré, ne convient plus aux théories précises, pointues et argumentées. Le perfectionnement des sciences discrédite rapidement la réflexion qui se présente sous une forme « désinvolte », au point de présenter inconsciemment comme non sérieux tout essai qui n’adopte pas une méthode scientifique.

 

Le dialogue est cependant une quasi façon ou méthode de penser : l’auteur de dialogues philosophiques, s’il joue le jeu, doit s’efforcer de critiquer intelligemment, par l’intermédiaire des interlocuteurs, la thèse qu’il défend. Ce faisant, il en vient à assister à une discussion, et à reconsidérer, le cas échéant, sa théorie : celle-ci évolue donc au fil de la composition, comme si le dialogue avait vraiment lieu. Plus souvent néanmoins, les interlocuteurs sont de simples faire-valoir du locuteur-auteur (notamment chez Platon, Cicéron et leurs continuateurs) : ici la forme dialoguée n’est qu’un agrément et n’apporte rien à la progression (il n’y a pas de dialectique). Enfin, c’est aussi un moyen de prouver sa bonne foi, en donnant au lecteur les armes pour attaquer sa thèse : la forme dialoguée invite à comprendre que l’auteur est ouvert à la discussion. On sait que Diderot se servit du dialogue, entre autres dans Jacques le Fataliste, roman où il éprouve sa théorie du déterminisme en la confrontant à l’inattendu de la vie : le dialogue, omniprésent, y joue exactement ce rôle de confrontation entre les différents personnages, défenseurs de conceptions différentes face à l’existence.


 

 

2) Types de dialogue théorique

 

Il existe trois principaux types de dialogue théorique.

 

Le dialogue didactique, pratiqué par les Anciens, vise à enseigner un savoir ou une théorie au lecteur. Afin que ce dernier perçoive bien l’enseignement, le dialogue est déséquilibré : il est généralement assuré par un maître, disposant d’un savoir et faisant autorité en sa matière, et un élève, beaucoup moins bavard et dont le rôle se résume souvent à acquiescer de temps en temps. Il s’agit, en somme, d’un traité dont l’énonciation monophonique est muée en double énonciation, afin d’être plus plaisante et moins académique à la lecture. Il n’y a pas de discussion : toute intervention secondaire ne fait que progresser l’explication du maître, porte-parole de l’auteur.

 

Le dialogue dialectique, par contre, se caractérise par une progression partagée entre les différents interlocuteurs : chacun contribue à résoudre un problème ou à définir une idée. Le dialogue est ici équilibré, puisque tous les personnages sont égaux face au problème. C’est aux talents de chacun de fonctionner en harmonie pour parvenir à un aboutissement. Ainsi, le dialogue est discussion et s’avère beaucoup plus intéressant d’un point de vue formel. Les différents caractères permettent d’explorer plusieurs pistes et de nuancer, l’alternance des questions, réponses et interventions renouvelle l’intérêt et dynamise la recherche d’une solution. Ce type de dialogue a en outre l’avantage d’inviter le lecteur à participer à la réflexion en se positionnant par rapport aux personnages.

 

Enfin, le dialogue polémique, d’un intérêt littéraire moindre, met en scène un désaccord qui tourne souvent à l’avantage d’un personnage porte-parole de l’auteur. Son interlocuteur est souvent un adversaire politique, philosophique ou littéraire que l’auteur choisit de tourner en ridicule en en faisant un piètre orateur, maladroit à défendre sa propre thèse. L’objectif est clairement de provoquer la personne (réelle) visée. S’il est assez subtil, le dialogue polémique ne se clôt pas par la victoire éclatante d’un des interlocuteurs, mais reste au contraire sur un désaccord (plus pointu ou plus fondamental) : il laisse ainsi au lecteur le soin de réfléchir par lui-même et d’adopter la position qui lui convient.

 

Ces trois types peuvent appartenir au sous-genre du dialogue philosophique : ce dernier désigne plutôt un style, une intention, qu’une forme stricte.

 

IV. Conclusion

 

Le dialogue est un genre et une forme très répandus, et pourtant difficiles à cerner. Il fait l’objet d’études récentes qui ont bien du mal à lui trouver une unité à travers l’Histoire. Sa pratique littéraire et philosophique demeure en effet tributaire de la conception d’autrui et de la manière de penser d’une époque. Néanmoins, on observe que s’il est assez peu exploité, au vu de ses possibilités, dans l’Antiquité, il s’enrichit très vite à la Renaissance, c’est-à-dire quand la pensée de l’individualisme commence à naître. Le dialogue est remarquable par son altruisme : grâce à lui, la narration, et donc l’œuvre d’un homme, s’ouvre à autrui et à sa façon de penser, son caractère, sa liberté ; c’est ainsi que Lucien de Samosate eut beaucoup de succès au XVIe siècle. Le dialogue ne fera que progresser jusqu’au summum de la sociabilité de l’homme (cf. l’« honnête homme » du XVIIIe siècle), avant de se dissoudre dans sa conception sociologique, massive et collective.

 

Son hygiène persiste toutefois, et a su se perfectionner. Progressivement, il est devenu moins rigide et artificiel dans les œuvres narratives, et a conquis une importance solide. Aujourd’hui que la lourdeur et la longueur sont passées de mode, le dialogue dans la narration populaire occupe une place privilégiée. Par ailleurs, il est resté quelque chose de sa méthode dans le système éducatif actuel : la dissertation dialectique, exception française, est directement héritée du goût des Lumières pour la réflexion à plusieurs points de vue. Forme à la fois agréable et intelligente, le dialogue est un indicateur intéressant : sa portée et son utilisation au cours de l’Histoire tracent une évolution de l’idée de l’homme. On note, alors, qu’il a quasiment disparu de la Littérature d’aujourd’hui, au profit du monologue ou de la confession/biographie, tout comme il a disparu de la philosophie.

 

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